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Quelques coiffures oubliées de l’aire culturelle peuhle du Fouta Djallon

Dans nos sociétés actuelles bien de savoirs faires locaux ont tendance à disparaître faute de continuateurs ou parce que les pratiques sont considérées comme désuètes ou non-adaptées à l’air du temps.

Parmi ces valeurs figurent en bonne place les coiffures. Elles sont nombreuses et n’ont pas toutes la même envergure ni même le même intérêt chez les observateurs.

Voici donc 6 coiffures qui sont typiquement des propriétés de la région foutanienne.

  1. Le juubade (nom en français le cimier)

C’est la star des coiffures traditionnelles peuhles du Fouta Dallon et de loin la plus curieuse. Sa haute taille permet de distinguer facilement la porteuse qui se distinguait ainsi de par sa noblesse.

Plus la crête est droite, plus cela signifie que c’est une princesse de rang ou une reine de sang qui porte la coiffure.

L’arc entier est réservé aux jeunes filles tandis que les femmes mariées portent un jonc qui s’arrête beaucoup plus haut sur la tête et un plus petit arc qui s’arrête à la nuque.

Les parures qui ornent la coiffure selon qu’il s’agisse d’or, d’argent ou de bronze permet aussi de situer le rang de la porteuse dans la stratification sociale.

2-Le Bougou

Ce type de tresse s’obtient en torsadant les cheveux  en deux  tresses qui partent du centre de la tête pour mourir sur les oreilles.

  • Bougou Berti

Ici le principe de la coiffure est exactement la même  que la précédente sauf sur le nombre de tresses qui doublent pour cette dernière coiffure.

  • Le Segou Bougou

Cette autre coiffure est très proche des deux précédentes en terme de conception. Sa particularité est que les tresses sont enroulées autour des oreilles.

  • Doni Baali

C’est une seule tresse qui part du front et descend tout droit à la nuque. Cette tresse est soutenue par un morceau d’étoffe sur lequel elle repose pour être haute.

  • Le Diampy

Cette coiffure s‘obtient en induisant les cheveux dans une espèce de résine résultant d’un mélange obtenu à partir d’un jus d’orange naturel et d’un jus de grain de néré. (Parkia biglobosa)

A ces coiffures on peut rajouter d’autres plus récentes comme suudu lagui (la maison du tisserin gendarme), Thiokko, Haaldi Fotti etc…

Il convient de préciser que contrairement à certaines régions, les hommes peuhls du Fouta Djallon ne se tressent pas, ils se rasent et portent un bonnet.


Transition en Guinée : Mon intime conviction

Comme le 28 septembre 1958 marque l’indépendance de la Guinée, le 5 septembre 2021 marque celle de la libération du guinéen de la servilité dans laquelle le tenait un système savamment huilé de Touré à Condé.

Rarement un coup de force aura autant été applaudi dans l’histoire de la démocratie et ceci dénote d’une autre particularité de la Guinée.

La Guinée respire à plein poumon ce nouveau vent de liberté mais qu’en ferons- nous? C’est le grand quoi qu’il se pose.

La victoire est fille de plus d’un père

Morte la bête, mort le venin dit un dicton.

Tombé à peine le régime Condé que du royaume du silence refont surface  tous les visages habituels du débat politique comme par magie.Tous ceux que la poigne du dictateur Alpha avait jetté aux oubliettes ou carrément  »emasculés » en agitant le spectre de la prison ou parfois des rapts injustifiés.

Comme par magie acteurs de la société civile encore groggy du coup d’octobre 2020, politiciens déçus et déchus, coordinations régionales opportunistes chacun se remet au goût du jour et surprennent en utilisant parfois l’impératif pour parler de ce que les putschistes devraient faire.

<< Ils doivent…>>, <<Ils ne peuvent pas…>>, Heureusement qu’il y a encore dans ces forces vives des gens qui n’ont pas perdu leur sens de l’analyse malgré la récurrence et la brutalité des situations controversées dans le pays.

C’est le cas de Cellou Dalein Diallo qui dans son analyse de la situation que vit la Guinée a estimé dans un aveu emprunt d’une reconnaissance à peine voilée que personne ne peut voler la présidence de la transition aux forces spéciales donc aux militaires car c’est avant tout leur victoire qui devient par ricochet celle du peuple de Guinée.

Coup de force ou acte de libération ?

A sonder les guinéens on hallucinerait devant la majorité écrasante de ceux d’entre eux qui soutiennent la junte dans son coup de force.C’est la preuve s’il en est encore besoin que le PRAC n’a dû sa position de président qu’à l’argent et aux compromissions occultes dont la visée n’a jamais été le bonheur du peuple mais mourir  dans ce confort comme les défunts Sékou Touré et Lansana Conté.

L’entourage d’Alpha Condé a t-il tenté de raisonner le vieil homme ? L’homme écoutait-il ses proches?Seul Dieu sait!

Mais au constat fort et l’évidence crève les yeux pas un n’a pu lui éviter ce vent qui lmm’a emporté car son égo n’est pas conçu pour s’accommoder de conseils.

Putsches constitutionnels en Afrique de l’Ouest: Les précédents qui enfoncent la CEDEAO

Au début des années 2000 des pays comme le Ghana, le Bénin, le Mali ou le Sénégal avaient commencé à redorer le blason de la sous région mais c’était sans compter sur une autre espèce politique incarnée par des nouveaux venus comme Faure Gnassingbé ou Patrice Talon et Alhassane Ouattara et Alpha Condé pour les vieux frustrés politiques et qui ont longtemps porté les espoirs avant d’en être les fossoyeurs.

Après le coup de force de Conakry, la CEDEAO a mis quelques jours à réagir sans la promptitude qu’il y a eu au Mali, ne peut- on pas en interprétant ce  »retard »voir un ras- le- bord de ses pairs à l’entêtement du professeur Alpha Condé ?Va savoir!

Du sort d’Alpha Condé et de ses sbires

Nul n’est au dessus de la loi et ceci même si on a régné en divinité sur un peuple dont la résignation est la marque de fabrique.

Aujourd’hui, même ceux qui du bout des lèvres demandent la libération d’Alpha Condé savent que ça n’est pas une priorité tant pour l’état du pays qui doit se remettre de ses blessures que pour la santé morale des milliers de victimes innocentes qui ont bavé de ne pas pas partager le point de vue d’un régime aux abois qui ne supportait plus la moindre contradiction, ma moindre contestation et qui restait sourd, aveugle et gourd à tout changement.

Pour le respect de la Guinée et des guinéens jugez Alpha Condé en Guinée d’autant plus que lui même estimait toujours qu’il n’y avait que le peuple de Guinée qui avait mandat de le faire.

Qu’il fasse un séjour dans ce trou infect où ils brisé la résistance de signes fils du pays, lui et tous ceux qui m’ont porté sur la voix du mandat de trop.

Ne traduisez pas Alpha Condé à la Haye, ce serait un autre gaspillage d’argent que nous ne pouvons nous permettre tant il ya des priorités en jachère aujourd’hui dans ce pays.

Se faire violence et développer un code de l’honneur

De mon point de vue, le RPG et tous ses alliés doivent s’extirper du débat politique guinéen.

Ils ont fait un choix qui nous a entraîné dans le vide, qu’ils nous laissent panser nos plaies et nous épargnent de leurs numéros d’equilibristes pour un bon moment à défaut de le faire sous la dictée de l’éthique et de l’honneur qu’ils le fassent par respect pour celui qu’ils ont conduit dans le sens interdit même si depuis son infortune, ils cherchent à rebondir pour se trouver une autre situation favorable.

La danse de la dernière chance

Pour bien d’observateurs, la Guinée mettra du temps à trouver meilleure opportunité pour se reconstruire.

Jusque là le scénario est si beau que beaucoup voient d’experts mains en train de tirer les ficelles dans l’ombre. Vrai ou faux ? Une chose est sûre, les guinéens doivent savoir tirer profit et du passé et éviter de noyer les rares acquis dans de puériles querelles.

Il faut bannir l’ethnie du vocabulaire et de l’esprit de chacun pour la remplacer par le mérite

Les guinéens doivent exiger plus de ceux qui aspirent à obtenir le suffrage citoyen.

A mon sens, une transition d’une durée d’un anau mois ou 16 mois au plus serait amplement nécessaire pour asseoir les bases d’une élection crédible.

Aussi, plus que jamais, les partis qui n’ont aucun pédigrée devraient mûrir d’abord se construire une histoire aussi avant de prétendre participer à une quelconque joute électorale.

Que dans le profil a venir des candidats qu’il soit inclus le critère d’être instruit et que le système de parrainage sénégalais soit importé pour que chaque parti ne pouvant atteindre 10 000 signatures d’adhésion vraies et vérifiées soit déposséder de son agrément, loin d’être une volonté d’exclure qui que ce soit cela permettra de qualifier l’arène politique guinéenne.


Guinée : le crépuscule d’un opposant auquel le pouvoir a tourné la tête

Dimanche 5 septembre 2021, la Guinée encore une fois fait face à son destin. Le vieil opposant parvenu aux affaires par la magie des élections les plus controversées qui puissent être et qui a viré en despote est annoncé capturé par une junte. Et cette dernière ne doit sa création qu’aux velléités de répression des opposants à l’Alpha gouvernance.

Alpha Condé a été renversé ! La nouvelle se propage rapidement comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux et un peu plus tard sur des groupes médiatiques comme Hadafo médias.

Une intervention chirurgicale dont la précision, la rapidité et la brutalité ont laissé sans argument la garde prétorienne de Condé. Deux ou trois d’entre eux y sont restés et les autres ont pris la poudre d’escampette.

Rien ne laissait présager un tel scenario et les guinéens le vivent même comme un rêve.

La scène qui s’est offerte là était impensable du commun des guinéens, même la veille encore. En effet, Alpha Condé et les siens semblaient tellement avoir une main mise sur le pays.

Le retour de manivelle qui fait mal

Les observateurs avertis diront que les ingrédients étaient réunis pour qu’un fiasco éclate. Et que tous les signaux étaient rouges, c’est de bonne guerre.

Après avoir tordu le corps à la constitution, emprisonné les libertés fondamentales, tenté d’éteindre les mouvements sociaux, ponctionné les ressources du sol et du sous-sol, tout en ôtant le pain de la bouche des citoyens en fermant sans aucune raison valable les frontières, l’état s’est permis la dernière erreur et la plus fatale. Demander aux citoyens de se serrer la ceinture, tout en s’octroyant une augmentation au niveau des budgets de fonctionnement du président et de l’Assemblée nationale monochrome.

Un coup d’éclat au gout de l’absolue majorité des guinéens

Le passage de la junte sur les médias d’état a permis de fournir des preuves matérielles que le vieux président n’est plus maitre ni de lui ni du pays. Pour cela, des vidéos humiliantes ont circulé, sur lesquelles le désormais ex président est trimballé comme un colis gênant. Des scènes de liesse ont éclaté sur l’axe d’abord de ce quartiers et communes favorables à l’opposition avant de se propager aux 4 coins du pays.

L’exception dans ces éclats de joie est dûe au fait que l’Est du pays, dans la région de Kankan, fief naturel du RPG (parti fondé par Alpha Condé) les citoyens ont ouvertement avoué leur ras-le-bol au régime du chef. Ils l’avaient pourtant soutenu contre le peuple de Guinée jusque-là. La chute d’Alpha Condé a visiblement fait plus d’heureux qu’on aurait pu imaginer et comble du désaveu, les citoyens ont vaqué à leurs affaires comme s’il ne se passait rien qui puisse engager l’intégrité de la Guinée.

RPG : Le silence des hypocrites

Depuis la déchéance de ‘’leur’’ champion, comme ils désignaient Alpha Condé, bien d’anciens dignitaires et bavards communicants officiels et officieux à outrance font profil bas. Ils ne se préoccupent plus que de leur sort, advienne que puisse de l’ancien mentor.

Les grandes gueules comme Domany Doré, député de l’Assemblée monochrome, Bantama Sow ‘’fidèle’’ ministre du Professeur Alpha Condé, sont subitement devenues aphones. Enfin jusqu’au soir du mardi où le parti a pondu un communiqué laconique et controversé, où il estime avoir pris acte du renversement du  président Alpha Condé et où il appelle au retour à l’ordre constitutionnel.

Suprême humiliation et total désaveu du PRAC, même par ces collaborateurs

La plus grande forme de désaveu du régime a été apportée par les collaborateurs même d’Alpha Condé, ses hommes de confiance.

Sans tenter quoi que ce soit, le Général Namory a rallié la junte. Dr Mohamed Diané à qui tout le monde prêtait la conduite du pouvoir paraissait doux comme un agneau à la convocation de lundi. Des maitres prestidigitateurs comme Tibou, qui sont les véritables scribes de la dictature, étaient là le visage par terre.

Tous sont désormais interdits de voyage, avec confiscation des documents y afférents et ont été sommés de transférer leurs véhicules de commandements aux secrétaires généraux qui font désormais office de ministres.

La constitution est suspendue, dix mois après avoir été imposée au peuple de Guinée au prix du sang et de la détention arbitraires de centaines de guinéens.

La grande inconnue de ce putsch

Si le coup d’éclat du Colonel Mamady Doumbouya soulage les guinéens, ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Car dans l’ombre, son silence sur ‘’l’essentiel’’ joue avec les nerfs des guinéens. D’autant plus qu’il n’a pas encore ni donné la liste des membres du CNRD, encore moins énoncé un carnet de route contrairement aux usages dans les coups de force en Afrique. En soi, cela constitue un facteur d’appréhension chez les observateurs.

L’opération de charme de la junte

Preuve de sa volonté de partir sur de bases nouvelles, la junte a libéré une brochette de ‘’détenus politiques’’. Le geste était nécessaire pour des gens devenus le symbole de la confiscation des libertés individuelles sur une base dictatoriale, notamment Foniké Mengué, les honorables Ousmane Gaoual Diallo et Cellou Baldé, Cherif Bah ancien gouverneur de la banque centrale de Guinée sous le régime Conté et d’autres. Mais le geste a malheureusement été élargi à des infracteurs sous le coup d’une entorse au droit commun.

De quoi il faut avoir peur dans ce coup de force ?

Cette liesse populaire est une image portant un air de déjà vu en Guinée avec des jeunes portant en triomphe les acteurs de la junte ou posant avec eux ou parfois même des jeunes filles embrassant à pleine bouche ceux qui sont devenus de facto leurs libérateurs.

Belle image pour réconcilier cette armée longtemps émasculée d’avec son peuple mais cependant l’identité de ceux qui conduiront la transition laisse planer le doute.

Ne referons nous pas les erreurs du passé ? Les mêmes qu’en 1984 ou encore en 2008 ? Rien n’est moins sûr, d’autant plus que des généraux comme Idi Amin jusque là ambassadeur au Cuba ont rapidement rejoint la capitale guinéenne.

La junte a certes libéré le peuple de la dictature d’Alpha Condé mais saura-t-elle pour autant trouver le juste milieu pour gérer rapidement et organiser une transition exemplaire en république de Guinée ?


Des embryons de la démocratie moderne identifiés dans le Fouta théocratique

Pour la plupart des historiens promoteurs des valeurs humaines, la première constitution étatique est africaine. C’est la charte de Kouroukan Fouga, tenue au XIIIe siècle sous le règne de Sunjata Keita dans l’empire du Mali.

A cette époque, il faut le souligner, l’empire du Mali englobait une partie du pays éponyme d’aujourd’hui, la partie mandingue de la Guinée, une partie de la Gambie et du Sénégal et une infime partie de la Côte d’Ivoire.

Aussi, entre l’an 1748 marquant la bataille de Talansan et la constitution du Fouta Théocratique, et 1898 correspondant à l’annexion du Royaume à la colonie des rivières du sud qui deviendront plus tard la Guinée. Et pendant cette période, les souverains peuhls ont fait preuve de génie et même montre d’une grandeur d’esprit très avancée pour l’époque, au point où certains de leurs actes sont aujourd’hui encore en cours dans les démocraties dites modernes.

Du lot de ces avancées, nous avons l’édiction d’une constitution, le droit de grâce, l’alternance au pouvoir et l’intronisation (investiture du souverain) et le respect de certains rudiments du droit humanitaire des années avant Henry Dunant.

La constitution du Fouta théocratique, plus vieille que la constitution américaine

Officiellement, et selon la convergence entre les chroniques traditionnelles et les enquêtes historiques faites sur les peuhls du Fouta Djallon, la bataille de Talansan, guerre sainte menée contre les animistes, s’est tenue en 1750 et juste après, les peuhls ont tenu leur congrès constitutif de l’état musulman du Fouta avec neuf provinces.

Dans cette entité, façon consensuelle pour éviter les tractations liées à l’exercice du pouvoir, la prééminence a été octroyée aux seydiankés de Timbo, et une autonomie a aussi été accordée aux chefs des diwés qui agissaient avec un maximum d’avantages, comme les gouverneurs dans certaines démocraties actuelles, notamment les Etats-Unis.

En se fiant aux dates officielles, par exemple édictée en 1750, la constitution Foutanienne est antérieure à celle des Etats-Unis, datant de 1776 seulement.

L’alternance au pouvoir et la prééminence de deux grands partis

Comme aux Etats-Unis de nos jours, deux grands partis animaient la vie politique dans le royaume : les Alfayas descendants ou partisans du premier Almamy Ibrahima Sambegou Barry, plus connu sous le nom de Karamoko Alfa mo Timbo, et les soryas, descendants ou partisans de son cousin et régent Ibrahima Sory Barry, connu sous le nom de l’Almamy Sory Mawdho.

La régence du second à la disparition de son cousin a d’ailleurs été le déclic qui a permis à sa descendance de revendiquer la succession au trône.

Ainsi, chaque parti qui parvenait au pouvoir devait régner pour une période de deux ans et devra se retirer pour autant de temps dans un village dit de sommeil, où le souverain en fin de mandat se consacrait à l’agriculture, l’élevage où à la pratique du culte. Pendant cette période, le souverain qui n’est plus aux affaires se retirait de la vie politique et ne devait aucunement interférer dans la gestion de son successeur.

Le droit de grâce : prérogative du roi de Kankalabé

Toutes les provinces n’avaient pas le même poids sur l’échiquier politique et stratégique du pouvoir des Almamys du Fouta Théocratique.

Pour illustrer cet état de fait, Labé peut servir d’exemple car étant la province la plus militairement forte, l’une des plus riches au plan économique et la plus étendue alors, ses limites allaient jusqu’au port de Boké et jusqu’aux portes du Ngabou (Guinée Bisau) vers Gaoual.

De la même façon, le roi de Kankalabé était le seul qui pouvait intercéder pour un infracteur.

Quel que soit sa faute, le citoyen qui entrait dans les dépendances de ce chef et venait lancer l’appel à la prière au niveau du fromager situé à l’entrée du village était désormais sous la protection du maitre des lieux qui avait l’écoute et l’estime du souverain du Fouta.

Ce droit de grâce est dans nos démocraties modernes, une prérogative du président ou des rois dans les derniers royaumes encore en vie selon le parallélisme des formes.

Les prémisses d’un droit humanitaire longtemps avant Solferino et Henry Dunant

Elevés dans la pratique de l’islam, les guerriers peuhls du Fouta Théocratique se gardaient de certains abus, notamment tuer des enfants, des femmes ou des personnes du troisième âge. Aussi, des catégories comme les maitres de la parole bénéficiaient d’un sauf-conduit qui empêchait qu’ils soient tués en période de paix comme en période de guerre.

Il était du rôle du Farba (maitre des griots) d’accompagner son roi où qu’il se rende, il était un notable, un conseiller qui buvait le miel et le fiel avec son roi et en période de guerre, il était sous le feu de l’action et était un témoin de premier plan du comportement du roi et de ses adversaires.

Ce rôle d’observateur était respecté et pas un belligérant ne s’attaquait à un farba et dans une forêt de turbans blancs, le sien était rouge pour faciliter l’identification.

Dans nos démocraties modernes, des catégories sociales comme les journalistes ou encore les agents de la croix rouge bénéficient de quasiment la même protection, sauf qu’en lieu et place du turban rouge, il y a les gilets frappés du logo de ces institutions et le badge.


Guinée : pourquoi les potiers du Fouta Djallon ne se marient qu’entre eux ?

La poterie est une activité socioprofessionnelle très répandue au Fouta Djallon et dans cette caste, la répartition du travail est une réalité. Des hommes qui s’emploient à identifier la meilleure qualité d’argile à façonner et des femmes qui montrent leur dextérité à travers toutes sortes de productions.

Dans l’environnement des potiers au Fouta Djallon, le mariage n’est envisageable qu’entre gens issus de la communauté.

 La poterie : un artisanat des plus utilitaires

Les produits de la poterie sont divers et variés et surtout très utilitaires dans les domaines culinaires et de l’entretien de l’intérieur des maisons.

Au plan culinaire, les couscoussières faites par les potiers servent à cuire à la vapeur le fonio ou à préparer le couscous de maïs. Les cruches servent à conserver et à rafraichir l’eau de boisson, certaines poteries servent à préparer des bains occultes et les bols faits d’argile permettent de mieux conserver certains mets préparés.

Au plan de l’entretien d’intérieur, les potiers fabriquent aussi des encensoirs servant à vaporiser de l’encens par fumigation, dans le but de parfumer les habitations.

Une catégorie socioprofessionnelle vierge de tout métissage

Au Fouta Djallon, il est répandu l’idée que toute personne qui convolerait avec un potier mourra dans d’atroces souffrances. Sauf que peu de gens en connaissent le motif, même si personne ne veut braver les interdits.

A ce propos, une vieille chronique locale rapporte qu’aux premières heures de l’islamisation, après le premier congrès constitutif du royaume peuhl du Fouta Djallon, chaque chef de province a reçu l’instruction d’islamiser les païens de son ressort, et à Labé, Karamoko Alfa, le chef d’alors qui ne voulait employer la force qu’en dernier recours, avait pour sa part choisi en priorité la voie pacifique.

Visant la conversion d’un chef Djallonké du groupe des potiers, le maitre de Labé s’est enquis de ce qu’il devrait faire pour éviter un sang versé. Le chef concerné aurait promis d’embrasser l’islam à condition que « ses femmes » lui soient laissées, chose dont il a obtenu la garantie du maître de Labé, qui devait désormais trouver l’astuce pour décourager les potentiels transgresseurs à éviter tout contact d’avec les potières.

Un pacte « diplomatique » lourd de conséquences

En son temps, le pacte avait permis d’éviter, certes, un sang versé, et permis à deux communautés divisées par leurs choix cultuels de vivre en harmonie dans une cohabitation sans nuage. Mais ce pacte s’est mu en stigmatisation dans le monde dit civilisé d’aujourd’hui, car dans la mauvaise connaissance du pacte et dans l’esprit de la rumeur qui a été répandue, les potiers sont considérés comme une caste d’intouchables qui ne doit pas se mélanger aux autres, les obligeant à une sorte d’autarcie et de repli sur eux. Chose qui explique amplement leur choix de vivre sur les flancs des montagnes à l’abri de tout et de tout le monde, se mariant entre eux dans le secret et le génie créateur reçus de leurs aïeux au passage.

Exposition de poteries au musée du Fouta/Labé