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Silence ! On assassine la nature

Année après année, la belle nature du Foutah Djallon se perd, vaincue par les intérêts égoïstes de certains prédateurs. Armés de machettes, de haches ou de tronçonneuses, ils agressent la nature. Ainsi, des hectares entiers de forêts mordent la poussière sous l’effet de quelques actions humaines. Conséquence, la canicule prend droit de cité et chasse le doux climat d’antan, la chaleur se fait suffocante et le Sahel gagne du terrain.

Le Foutah Djallon est l’une des quatre régions naturelles de la Guinée. Elle est surnommée le Château d’Eau de l’Afrique de l’Ouest grâce aux nombreux cours d’eau qui l’innervent. La zone concentre l’essentiel des chutes d’eau qui attirent les touristes : Kinkon, Kambadaga, Ley Celloun ou encore les célèbres chutes de la Saala qui se perdent en une infinie cascade dans la nature.

La capitale régionale Labé se trouve dans cet environnement paradisiaque, nichée entre deux montagnes : les monts Kolima et Serima, respectivement à l’Est et à l’Ouest. D’antan, Labé était parcourue de cours d’eau célèbres comme Sassewol, Donghorawol, Bendekourewol, Beindebawol, Plon, etc. Autant d’endroits témoins des joies, jeux, et plaisirs des citoyens.

Chute de Donso près de Labé. Crédit : Tkillah Tounkara

L’environnement à l’épreuve d’une urbanisation sauvage et effrénée 

Labé, cité de verdure et d’eau autrefois, a rapidement payé le tribut d’une urbanisation accélérée et désordonnée. Celle-ci a généré une prédation des espaces verts et un étranglement des cours d’eau qui phagocytent ces petits coins de paradis.

Les fours à brique et de charbon : un cocktail nocif pour l’or vert

Ces deux pratiques se développent de façon concomitante et impactent l’environnement.

Les briquetiers creusent dans les lits de cours d’eau, utilisent le mince filet d’eau restant dans ces cours d’eau pour malaxer l’argile servant à  la confection des briques. Le plus lamentable est que l’environnement des cours d’eau est détruit pour servir de source d’énergie pour la cuisson et le durcissement des parpaings.

Dans les zones rurales, les surfaces de verdure mordent la poussière, les arbres finissent dans des camions ou calcinés pour l’obtention du charbon de cuisine. Tout ça pour les miettes que les charbonniers tirent de ce commerce.

Des poubelles à ciel ouvert

Ce qui reste des cours d’eau qui irriguaient la ville de Labé est parfois un filet d’eau où les citernes des sapeurs pompiers viennent s’abreuver, quand ce n’est pas les taxis motos qui viennent y laver leurs engins. Du reste, et souvent de nuit, des citoyens en panne de civisme viennent y déposer en catimini leurs ordures. Ainsi y nagent des milliers de sachets plastiques et de couches pour bébé usagées, dont le volume et la puanteur grandissent minute après minute.

À cela, on peut rajouter le fait que l’aménagement des voiries ne prévoit souvent pas de canaux d’écoulement des eaux de ruissellement, chose qui oblige la nature à vite reprendre ses droits.

Poubelle à ciel ouvert en amont d’un cours d’eau. Crédit : Tkillah Tounkara

La prolifération des forages hydrauliques: un acte nocif pour la nappe phréatique 

D’antan, partout au Fouta Djallon, les têtes de sources étaient protégées. On les désignait comme des endroits habités par des esprits qui en étaient les gardiens tutélaires. De nos jours, les têtes de source ont été dénudées et laissées à la merci des férus du foncier qui veulent tout engloutir.

Pour les besoins de la sensibilisation, Hadja Koumanthio Zeinab Diallo, une conteuse locale, a mis en scène deux contes qu’elle utilise pour toucher les esprits jeunes. Ces livres sont : Nos frères les arbres et L’Enfant chasseur. Ce sont des outils pour sensibiliser les consciences vis-à-vis de la dégradation poussée de l’environnement et du rapport de la nature avec l’humain.

La mauvaise desserte en eau a développé les forages hydrauliques, au point où la nappe phréatique est clairement menacée par endroit. Il y a des indices de plus en plus visibles comme la difficulté d’obtenir de l’eau à un certain niveau de forage, ou l’impossibilité d’en avoir du tout.

Dans certaines contrées, l’eau tirée des puits est si pâteuse et boueuse que l’on se demanderait si elle est destinée à être consommée.

Corvée d’eau à Fello koundoua. Crédit : Tkillah Tounkara

Un cas des plus illustratifs : Manga Labé entre rire et larmes

Au cœur des années 80, la ville de Labé n’avait encore ni son peuplement actuel ni cette étendue. Pour les besoins d’électrifier le quartier administratif, un barrage a été installé.

En saison des pluies, le site regorge d’eau, mais en saison sèche, parfois pas une goutte. Au point où au mois d’avril dernier, un jeune de la cité voulant sensibiliser sur la protection de l’environnement s’est glissé au cœur de ce qui était le lit du cours d’eau pour se mettre à jongler avec une balle de foot. Ce cliché d’une nature malade et désespérée est assez fort pour expliquer la déchéance vers laquelle le Foutah plonge, avec des images plus alarmantes les unes que les autres.

En conclusion, la nature est fortement menacée au Foutah et à Labé, et ceux qui l’agressent sont des visages familiers, des visages d’un frère qui a une tronçonneuse, d’une sœur dont la lessive et les couches hygiéniques polluent la nature ou d’un oncle dont le seul focus est l’argent qu’il vendra en écoulant ses lourdes cargaisons de bois ou de charbon.

Nous devons comprendre et cultiver le réflexe de planter des arbres, de garder propre les espaces communs et les cours d’eau et de cet événement d’interdépendance entre météo et environnement. Surtout que la saison sèche 2024 est identifiée comme la plus caniculaire depuis l’année 1951.

Lit du barrage Manga Labé en Avril 2024. Crédit : Tkillah Tounkara

Silence ! La nature est assassinée chez nous

Le Foutah Djallon est l’une des 4 régions naturelles de la Guinée, encore surnommé le Château d’Eau de l’Afrique de l’Ouest de par les nombreux cours d’eau qui l’innervent.

La zone recèle l’essentiel des chutes d’eau qui attire les touristes, notamment Kinkon, Kambadaga, Ley Celloun ou encore les célèbres chutes de la Saala qui se perdent en une infinie cascade dans la nature.

Dans cet environnement paradisiaque, émerge Labé, actuelle capitale régionale pleine d’histoires, située entre deux montagnes : es monts Kolima et Serima, respectivement à l’Est et à l’Ouest. D’antan, Labé était entrecoupée de cours d’eau célèbres comme Sassewol, Donghorawol, Bendekourewol, Beindebawol et Plon. Autant d’endroits témoins de joies, de plaisirs et de communion entre les citoyens.

L’urbanisation sauvage et effrénée

Cette cité de verdure et d’eau autrefois, a rapidement payé le tribut de l’urbanisation accélérée et désordonnée obligeant à une prédation des espaces verts et un étranglement des cours d’eau qui ont phagocyté les espaces verts, et étranglé les cours d’eau.

Les briquetiers creusent la terre dans les lits de cours d’eau, utilisent le mince filet d’eau dans ces cours d’eau pour malaxer l’argile pour la confection des briques et l’environnement des cours d’eau est détruit pour servir de source d’énergie pour la cuisson et le durcissement des parpaings.

Les fours à charbons sont très répandus dans les zones rurales et pour les miettes que les charbonniers en tirent, chaque année ce sont d’énormes surfaces de verdure qui mordent la poussière. Les arbres finissent dans des camions ou calcinés pour l’obtention du charbon de cuisine.

Des poubelles à ciel ouvert

Partout, on trouve des tas de déchets où nagent des milliers de sachets plastiques et de couches pour bébé usagées.

Bordure d’un cours d’eau transformée en dépotoir. Crédit : Ousmane Tounkara

Ce qui reste des cours d’eau qui irriguaient la ville de Labé est parfois un filet d’eau où les citernes des sapeurs pompiers viennent s’abreuver, quand ce n’est pas les taxis motos qui viennent y laver leurs engins. La nuit des citoyens en panne de civisme viennent y déposer en catimini leurs ordures dont le volume et la puanteur grandissent minute après minute. De plus, l’aménagement des voiries ne prévoit souvent pas de canaux d’écoulement des eaux de ruissellement, chose qui oblige la nature à reprendre ses droits.

Un cas illustratif à méditer

Au cœur des années 80, la ville de Labé n’était pas encore l’attraction sociale qu’elle est aujourd’hui et les besoins en électricité n’étaient pas encore ceux de maintenant. Le barrage de Mangalabe Labé servant de frontière naturelle entre les quartiers Kouroula et Pounthioun permettait d’alimenter le centre administratif en électricité. Malheureusement, une pluie diluvienne a entraîné la rupture du barrage en 1992 entraînant des dégâts majeurs.

Pont sur barrage Manga Labé, avril 2024. Crédit : Abdoulaye Sadio Diallo

Il n’est jamais redevenu comme avant, car l e barrage s’est transformé en une buanderie à ciel ouvert, un repaire pour brigands et consommateurs de stupéfiants. Pour les besoins de sécurité, les riverains se sont impunément mis à abattre les arbres et au fil des ans, les nouvelles parcelles acquises de l’autre côté du site ont commencé à être aménagées quand ce n’est pas des exploitations agricoles qu’on érige en plein lit du barrage.

Conséquences : en saison des pluies, le site regorge d’eau mais en saison sèche parfois pas une goutte au point où au moi d’avril dernier, un jeune de la cité voulant sensibiliser sur la protection de l’environnement s’est glissé au cœur de ce qui était le lit du cours d’eau pour se mettre à jongler avec une balle de foot.

Les visages de la prédation de la nature sont des visages familiers, des visages d’un frère qui a une tronçonneuse, d’une sœur dont la lessive et les couches hygiéniques polluent la nature ou d’un oncle dont le seul focus est l’argent qu’il vendra en écoulant ses lourdes cargaisons de bois ou de charbon.

Nous devons comprendre que  chacun doit cultiver le réflexe de planter des arbres, de garder propre les espaces communs et les cours d’eau et l’interdépendance entre météo et environnement.

Lit du barrage Manga Labé, avril 2024. Crédit : Abdoulaye Sadio Diallo

Clopin-clopant au rythme du syli national de Guinée

Pour ceux qui sont pas du tout ou peu foot, le syli national est le surnom donné à l’équipe nationale de football de la Guinée et ce surnom désigne l’éléphant en langue soussou.

Par le passé le même symbole désignait aussi le parti- état : le PDG dont le leader Sékou Touré était  appelé le grand syli.

Comme 23 autres pays, le syli est au rendez-vous du football africain en Côte d’Ivoire, personne ne misait fort sur l’équipe de Kaba Diawara mais elle déjoue pourtant les pronostics.

Miraculé de la poule de la mort

S’étant retrouvé après le tirage dans la poule de la mort, le syli a pris son destin en main en tutoyant le Cameroun 1-1, en  prenant sa revanche sur la Gambie 1-0 avant de se faire cueillir 2-0 par un Sénégal en rien plus technique mais sauvé par son opportunisme et son réalisme.

Habitué des huitièmes , le Syli vole les larmes à son homonyme de l’Afrique équatoriale 

Jusque là, dans l’histoire de la CAN, la Guinée n’a pas mieux fait qu’une finale perdue en 1976 devant le Maroc et dans un contexte où le syli faisait rêver avec des joueurs d’un autre challenge notamment Cherif Souleymane et côté les mêmes qui ont illustré le tricampeo Hafia.

Depuis, ni le syli de Mohamed ‘´Socrates’´, Titi, Colovati ou Salam, encore moins celui de Feindouno, Razzagui ou Zayatte encore moins le Syli de Naby Keita n’a pu mieux faire.

Le syli de Kaba Diawara mieux que tous les autres a essuyé d’acerbes critiques, tant sur les choix que la composition d’équipe mais il affiche une meilleure santé défensive et une meilleure solidarité 

et discipline et c’est déjà ça.

Le rendez-vous attendu d’avec l’histoire 

En 48 ans, les meilleurs sélectionneurs guinéens se sont arrêtés en 1/4 et depuis quelques années même ce niveau semble intouchable et voir Kaba que personne ne voyait survivre aux matches de poule avancer en conquérant contre le Congo relève même du miracle même s’il croyait en son étoile, lui.

Une victoire ce soir et la Guinée se retrouve dans le carré d’as qu’il n avait pas atteint depuis près de 50 ans, une publicité sans égale pour Kaba Diawara et ses poulains qui connaissent les enjeux.

Après Aguibou et Bayo et si c’était le tour à Guirassy de montrer la voie royale pour les demies?

Les supporters sont près et les cœurs battent déjà à l’unisson sous les couleurs nationales et on ne demande qu’une chose rêver et crier… syli so Tay.


La calebasse:Compagne de la vie jusqu’à la mort du peuhl

 

Est un récipient taillé dans le fruit d’un calebassier arbre dont les fruits sont  comestibles.

Compagne des grandes migrations peuhles de par son poids léger et sa capacité à s’empiler avec d’autres calebasses, elle est témoin de la naissance du peuhl, de sa traversée de la vie à travers diverses activités quotidiennes notamment : Le mariage, le baptême, la circoncision, le veuvage ou la toilette funéraire, elle permet aussi  de fabriquer des instruments de musique.

La calebasse peut être  issue d’une plante rampante ou d’un arbre dont les fruits peuvent avoir de proportions assez considérables selon les espèces  rencontrées. Ces fruits mousseux peuvent être fendus en deux tranches qui sont évidées pour donner deux récipients qui doivent être traités à l’eau chaude et au jus de tamarin pour neutraliser l’acidité des calebasses.

présent d’accueil d’hotes de valeur/Credit: Tkillah Tounkara
jatte de lait en fermentation/Crédit: Tkillah Tounkara
Calebassier en pleine maturation/Crédit: Tkillah Tounkara

Chez les peuhls du Foutah Djallon, l’usage de la calebasse est transversale et l’ustensile s’invite tant dans le sacré que  le profane et au quotidien.

La calebasse et la naissance chez les peuls du Fouta Jallon   

Depuis des temps immémoriaux, dès la naissance de l’enfant, une des accoucheuses prend l’enfant et lui donne son 1er bain. Une eau tiède préparée et présentée dans une calebasse que surveille une autre vieille femme ou une autre femme multipare.

La calebasse pendant l’initiation

Après la prime enfance et après les premiers pas à l’école coranique, les jeunes garçons et filles organisés classes d’âge, devront passer par l’épreuve du couteau ou de la purification. L’épreuve du courage tout simplement. Cette purification consiste soit  à circoncire soit à exciser les jeunes filles ou garçons de la communauté. Et ce n’était jamais un acte isolé. A l’heure de l’acte, l’officiant ou l’officiante transporte les lames servant à l’opération dans une calebasse.

Mais la veille déjà dans le cadre d’une circoncision, un plat pour exorciser la peur est partagé entre les garçons candidats au rituel et ce plat est souvent n bouillon d’herbes médicinales agrémenté de viande de bœuf ou de poulet.

La calebasse et le mariage :

Le mariage est une institution sacrée chez les peuls du Fouta et pour unir des personnes par les liens du mariage, des colas sont présentées à toutes les étapes entre la prétention et la célébration du mariage. Et ces colas ou le pain blanc préparés à l’intention des parents, amis et alliés, sont présentés dans une calebasse. Et plus encore, pour présenter la dot d’une mariée, la calebasse est plus que jamais présente.

La calebasse comme mobilier de cuisine au Fouta Jallon

Au  Fouta Djallon, à défaut de l’écueil en bois de figuier, ou les femmes traient les vaches, elles traient aussi dans des calebasses, laver les céréales, servir des plats ou fermenter le lait ou transporter les semis en direction des champs. Très souvent, pour les offrandes d’eau après la prière du matin, le rituel est accompli avec une petite calebasse.

L’usage de la calebasse en période de deuil   

Quand la mort endeuille une famille ou une communauté, la toilette funéraire est organisée selon le sexe de l’être décédé. Des hommes ayant de l’expérience et le savoir, ou des femmes d’âge mur et qui ont les mêmes qualités pour faire la toilette. L’eau est apportée dans 3 calebasses : une grande, une moyenne et une petite et généralement ces calebasses étaient gardées dans un coin de la maison pour ces fins. Les vieilles personnes choisissent de leur vivant leur linceul et les calebasses qui serviront à leur toilette funèbre. Après cet usage, les calebasses sont gardées par l’un des purificateurs notamment le plus vieux.

De la même façon, en période de viduité, l’épouse dont le mari est décédé tient des calebasses  qui lui permettent de  faire sa toilette et les autres rites liés à cette période.

La calebasse, instrument de musique

Dans la sphère culturelle des peuls du Fouta Djallon, la calebasse est aussi utilisée par les griots nyamakalas, dans leur art de réjouir la communauté. Elle est utilisée comme percussion et le joueur se pare de bagues en métal pour marquer le rythme. A ce genre de calebasse, un traitement spécial est administré. Et elles sont d’une résistance particulière parfois même étonnante, car on a du mal à imaginer un homme debout sur une calebasse, ou une calebasse qu’on frappe plus de 30 ans sans qu’elle ne rompe.

Pour la confection du balafon (xylophone), pour les diverses gammes des calebasses de différents dimensions sont utilisées comme caisse de résonance.

A cela, on peut rappeler que la calebasse  est aussi utilisée pour accueillir un étranger de marque, dans ce cas de figure, la calebasse est emplie d’eau, de colas ou de céréales que l’on présente au visiteur.

Le sens d’un tel cadeau est de mettre l’accent sur la déférence due  au destinataire.

Précision, le contenu de la calebasse dans ce cas ne détermine aucune hiérarchie dans le cadeau offert.


L’art de tisser dans le creuset traditionnel du Fouta Djallon

En Guinée, dans le massif montagneux du Fouta Djallon, les tisserands (mabobhe) sont ceux qui habillent la communauté. Jouant un rôle social moteur, leur métier à tisser sert à transformer le résultat du filage des femmes en tissu.

Crédit : Cirad

Petit aperçu historique

La présence des tisserands au Foutah remonte presqu’à la sédentarisation des peuhls venus du Macina pour s’y installer. L’activité de tissage était pratiquée par certains héritiers des habitants de cette partie de la Guinée : les Djallonkés, considérés comme les premiers habitants des lieux, bien avant que les marabouts peuhls n’y fassent régner l’Islam au XVII ème siècle.

Le Fouta n‘était pas une terre de culture de coton dans le sens de la production à grande échelle, le coton était obtenu soit par importation des régions chaudes de la haute Guinée ou expérimenté dans quelques champs locaux.

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Composition du métier à tisser en usage au Fouta Djallon

Un métier à tisser se compose d’une navette (kouloundein ou kouroundein petite pirogue en maninka), de la trame (kafka), les lamelles (niiri) permettent de fixer les fils et le support ou point de départ du métier à tisser (korondo) est très souvent un assemblage de pierres qui permet de tendre le fil à tisser.

Métier à tisser situé à Popodara
Crédit photo : Ousmane Tounkara

Traditionnellement, ce rôle est dévolu à l’épouse du tisserand qui devait servir de soutien à l’installation mais vu qu’elle devait souvent vaquer à ses affaires, il fallait qu’il y ait un autre pilier de soutien (‘’koo rondo’’ littéralement en pular) pour porter la charge ou le fardeau.

De façon isolée, dans les accessoires du métier à tisser, il y a aussi une sorte de bobine (mantagare) où le fil du tissage est savamment enroulé avant le travail (ka dororte).

La place du tisserand dans les croyances locales

Traditionnellement, les tisserands ont pour rôle d’habiller la communauté, ce n’est pas pour autant qu’ils ne jouent pas un rôle social autre et non de moindre importance.

Du travail de tissage, certains présages peuvent être interprétés et permettent de maintenir certains équilibres sociaux. En guise d’exemple, lorsqu’un tisserand entame le tissage d’une étoffe, ceux qui pouvaient interpréter les événements marquaient une pause jusqu’au démarrage de son activité. Le premier morceau de tissu d’à peine quelques doigtées était sollicité et devait servir à garantir les succès dans toutes entreprises à suivre.

De la même façon, quand un nourrisson tardait à marcher dans le village, le même genre de tissu issu des premiers coups de pédale du tisserand était utilisé pour provoquer le ‘’départ’’ du nourrisson (tonguitougool).

Les produits du tissage dans le contexte du baptême au Fouta

Appelé communément pagne indigo, le leppi est un pagne représentant l’ethnie Peul par excellence. Originaire du Fouta, il est considéré selon la tradition comme un talisman contre les sorciers.

Lors des baptêmes traditionnels au Fouta Djallon, la famille de la parturiente fait souvent cadeau au gendre d’une étoffe complète de leppi, étoffe qu’il utilisera à sa guise soit pour se vêtir ou s’il le veut il peut en faire cadeau à une tierce personne.

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Le leppi était aussi utilisé pour maintenir le bébé à califourchon sur le dos de la mère et ce contact entre la mère et son enfant était considéré comme la clé de la force mentale et physique de l’enfant. Dans les joutes infantiles, pour exciter leur courage, l’adversaire qui tenait le plus au combat lançait alors :

Texte original

« Si taawi ko a bambiradho  woudere leppi ar etein… »

Traduction

« Si ta mère t’a porté à l’aide d’une étoffe tissée viens te mesurer… »

Les produits du tissage : une attraction culturelle d’envergure

De nos jours, une forte conscience culturelle s’est opérée au point où les toges de certains étudiants lors de leurs cérémonies de couronnement sont taillées dans du ‘’leppi’’.

Aussi, certaines personnalités politiques ou culturelles dont les reines de beauté s’affichent de plus en plus drapées dans les étoffes traditionnelles. Sans compter que de loin, les étrangers qui visitent la Guinée ont un véritable coup de cœur pour ce tissu qui est le fruit d’une longue chaîne de travail. Il implique un parterre d’artisans qui mettent en commun leur génie et leur dextérité ainsi que leurs diverses techniques de travail.

Le chanteur guinéen Black M portant un costume en leppi
Crédit : Pagnific.com

Ces dernières années, les étoffes des tisserands s’invitent aussi fortement dans la décoration d’intérieur des hôtels, restaurants et autres musées.

🧠 À savoir : les recherches convergent sur le fait qu’une large proportion de femmes filait le coton d’antan (environ 60%). Ce travail de filage, minutieusement mené par elles, permettait d’alimenter les métiers à tisser locaux.

Le tissage traditionnel : un métier à l’épreuve des spéculateurs

Mannequin du musée du Foutah
Crédit photo : Ousmane Tounkara

En temps normal, une étoffe de leppi oscille entre 350 et 400000 FCFA pour le prix d’acquisition.

Mais, en 2020, mine de rien, ce prix s’est affolé de façon exponentielle. Pour cause, des spéculateurs ont décidé de s’interposer entre les tisserands et les marchands qui venaient s’approvisionner chez eux à l’occasion du ‘’Donkin leppi’’, une initiative qui visait à mettre en valeur le leppi en le faisant porter par tout le monde le jour de la fête de tabaski 2020.

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La surenchère avait finalement eu raison de cet évènement à la visée pourtant noble, et la pluie diluvienne qui s’est abattue sur une bonne partie de la Guinée ce jour avait fini par doucher les espoirs et l’élan amorcé.