rama

Le mont Kolima : Une porte ouverte sur le Fouta Djallon

situation géographique

Située à 6 km à l’Est du centre urbain de Labé, Kolima est l’une des deux montagnes qui couvent Labé.
deux  options s’offrent  au visiteur,la  route  Labé  -Tougué et  le  raccourci  de Fankala sur  la  route  de  Kaalan.

Ce raccourci présente  une pente abrupte de 12%, poussiéreuse en saison sèche et boueuse en hivernage.

Aperçu historique

crédit photo: Sally Bilal Sow

Kolima donc ,selon le récit enseigné et jalousement conservé par les 15 familles originelles qui ont grossi pour peupler la zone a été fondé par l’Aïeul commun Dian mo Tambarin originaire de Timbo. ( ancienne capitale du Fouta théocratique dans l’actuelle région de Mamou).
Dian mo Tambarin aurait migré sur  ces  lieux avec les siens à l’époque des guerres d’islamisation.
Les peuls portaient encore  des tresses.

Obnubilée par sa fortune ,son épouse échafauda un plan machiavélique pour se débarrasser de lui .
C ’est ainsi qu’elle prit discrètement contact avec des mercenaires pour l’aider à réaliser  sa  besogne..
Un jour ,feignant  changer les tresses de son  homme alors  que  le   couple  roucoulait  sur  un  arbre ,elle profita de cette intimité pour nouer les cheveux de l’homme aux branches de l’arbre, le laissant à la merci de ses hommes de mains.
Mais avant de mourir Dian mo Tambarin eut le temps de prononcer une prémonition :
« ce matin je m’en vais rejoindre mes aïeux mais saches que tu  mourras ce soir toi aussi »
Cette prémonition  se réalisera quelques heures seulement après sa mort.

La femme pressée de s’enfuir avec le  butin   fut  cueillie  par des hordes barbares qui lui ôtèrent la vie .
Pour les amoureux de la nature , la Kolima est  aussi  un  eldorado   où l’on peut trouver une forte  concentration d’animaux.

une  faune diversifiée

Gorilles,  singes rouges et noirs, boas et aussi des chimpanzés qui titillent les femmes du village à l’heure de la corvée d’eau  à  la  source située en hauteur.
Aujourd’hui deux clubs sportifs de la ville portent fièrement le nom de la montagne .

Kolima est aussi le nom de l’ancien palais de la culture aujourd’hui en ruines.

la première  exploration  des  lieux remonte à la  la  période  coloniale et  est  l’œuvre  de  scouts .

Le  sommet  de  la  Kolima serait aussi   un  beau  trait  d’union  visuelle  d’avec  le reste  du  Fouta.


Divorcée à l’âge du mariage

Halima allait sur son 16 ème hivernage, la peau claire et lisse , elle était belle et avait le sourire nacré. Élancée elle paraissait avoir plus que son âge.
Elle était encore au collège mais les prétendants se bousculaient au domicile familial, chacun nourrissant le rêve d’arracher cette beauté à l’affection de ses parents pour en faire son épouse.
Mais déjà, sa mère qui était sa complice avait astucieusement éconduit tous les prétendants qui ne répondaient pas au profil qu’elle avait perfidement définie pour sa  »beauté’’ de fille .
Tous avaient abdiqué devant l’exigence de la mère de Halima, tous sauf un, Bouba , jeune homme au corps d’athlète fraîchement rentré d’Europe notamment de la France où il a passé une décennie .
Tout en Bouba dégageait confiance, il était jeune, beau et riche et était l’objet de toutes les convoitises et pourtant contre la volonté de sa famille qui voulait l’emprisonner dans une liaison endogamique ,le jeune homme était amoureux raide de Halima.
Les préparatifs du mariage ne furent pas longs car le jeune homme était plein aux as, mais toutefois il n’avait aucune envie d’épouser la belle Halima et de l’abandonner seule dans une concession à la merci des coureurs de jupon et autres loups destructeurs de foyers.
Ainsi demanda- t- il la faveur de faire un mariage sobre pour lui permettre de faire face aux formalités d’obtention des documents de voyage pour sa bien aimée.
A cette requête, la réaction de Binta , mère de Halima fut sans appel:
<< peut être qu’elle n’aura pas la chance de voyager maintenant mais son mariage devra être mémorable, elle ne s’en ira pas en catimini dans le secret comme s’il s’agit d’un troisième mariage en tout cas pas tant que je serai en vie. >>
Les paroles étaient claires et le beau Bouba était fouetté dans son orgueil de mâle, dans sa famille on se faisait respecter depuis des siècles ,il n’écornera pas cette réputation ,lui Bouba, non !
Il prit la décision de se prêter au jeu de la belle mère mais tout en sachant qu’après le mariage la belle Halima allait restée dans sa ville natale ,au risque de se retrouver dans une liaison virtuelle que seule entretiendront les réseaux sociaux .
Alors pour une fête c’en fut une ,un boeuf fut immolé, de la nourriture à foison partout, des billets de banque inondèrent griots et courtisans ,sans compter le déplacement de l’artiste le plus en vogue du moment dont le cachet fut particulier car c’est un engagement qu’il a prétendu avoir rompu pour prioriser les noces de Halima et Bouba ………
Dans sa petite tête ,Halima commençait à se poser des questions 2 ans que son mari était parti ,il ne semblait pas vouloir revenir encore moins se battre pour l’emmener près de lui ,elle savait certes pourquoi mais n’osait pas en piper mot.

Puis un jour , Bouba revint et encore une fois sur les pressions de sa mère Halima voulût convaincre son mari qui se montra peu réceptif à sa demande alors obéissant aux injonctions et plans de sa mère Halima fit ses valises et revînt au domicile familial croyant avoir marqué un coup.
Plus décisif, Bouba ne s’en morfondit pas et profita même de ce coup de blues pour convoler en secondes noces dans une sobriété qui contraste absolument avec les fastes de la première union.
Après le mariage, joignant sa promesse à l’acte Bouba fit faire les documents de sa femme et repris le chemin de l’Europe flanqué de sa toute nouvelle épouse.
Alors pour la belle Halima arriva la désillusion, l’instant du regret, ce moment où le doute est maitre de l’ âme en peine dont les larmes sont le réconfort.
Halima s’était aigrie et ne sortait presque plus, son visage était cernée de rides, la voici désormais divorcée par manque de lucidité et d’obéissance aveugle à sa mère, elle paraissait même avoir vieilli de 10 ans.
Plus d’école, plus de foyer, divorcée à l’âge d’être marié désormais la belle n’était plus cette beauté qui hantait le sommeil des jeunes du quartier, elle était devenue une ombre, l’ombre d’elle-même ,un fantôme qui n’avait que ses yeux pour pleurer un mariage où elle aurait pu tout gagner……


lettre à mon grand père

Je t’écris cette lettre pour m’enquérir de ton état d’outre tombe et pour savoir si tu es en pôle position là bas, toi qui as passé ta vie entre prières et méditations , tout ce que ma génération a du mal à faire actuellement.
Les cinq prières sont presque perçues comme une corvée difficile à relever pour beaucoup.
Ces valeurs cardinales que tu as reçues et léguées se sont effritées laissant place à une éducation pervertie par la quête du lucre.
Je ne dirai pas que tu as eu raison d’avoir rejoins tes ancêtres si tôt mais tu as de la chance d’avoir échappé à toutes ces perversions que nous vivons en ce moment surtout que le Fouta actuel n’a rien de commun avec celui de ton enfance.
Les planchettes sont sur le point de disparaitre sous le diktat des tablettes Apple ou Samsung , tu dois te demander c’est quel nom d’oiseau ça et bien saches que ce sont les miracles de notre temps.
Les filles portent maintenant des pantalons qui ont le don de mettre en valeur leur croupe et toutes se ressemblent et ressemblent à des fées endimanchées. Les garçons eux boivent comme des polonais et ne rêvent que de rejoindre l’Occident au péril de leur vie.
Quand tu étais petit la venue d’un véhicule était un évènement chez toi et tes amis ,tu me l’a conté mille fois , aujourd’hui c’est des engins de toutes les formes et dimensions qui peuplent la terre, avions, trains et voitures qui ont la taille d’animaux sortis droit du jurassique et capables de dévorer des litres entiers de carburant d’un trait mais qui ont la même voracité pour les espaces .
Grand père je sais que tu as connu des terres et des hommes, tu as connu des choses mais le téléphone que tu as connu avec une manivelle ou avec un clavier roulant , de bonnes âmes l’ont fait portable, de la taille d’une boite d’allumettes et tout le monde en possède un de nos jours . Surtout, ce que tu ne sais pas, le téléphone d’aujourd’hui est muni d’un appareil photo, d ‘un enregistreur et de bien d’autres fonctions, ce n’est plus l’époque ou aller chez le photographe était une vraie cérémonie qui nécessitait que chaque membre de la famille se mette sur son 31.
Grand père , ici le droit d’ainesse n’est plus qu’un lointain souvenir et mieux un père ne peut plus corriger ses enfants car ces derniers peuvent lui coller un procès au nom des droits de l’homme. Je t’imagine entrain de faire la moue.
Pour les mariages, le paquet de colas et la parole donnée ne sont plus gages d’une relation, il faut une villa, une voiture et un compte garni. D’ailleurs les mariages sont devenus éphémères que le divorce a pris des allures de norme. Un mariage ,de nos jours c’est l’occasion d’une folle saignée d’argent.
Comme chez les blancs, grand père le concubinage a pris du terrain et domine en durée les noces pures.
Le sexe n’est plus tabou grand père , à 14 ans les enfants ont presque tous toucher au fruit défendu, et certaines jeunes filles ont fait de la chose là leur fond de commerce, on peut se taper ‘’un porno’’ en un clic sur le net ah !!!!!!!!! je parle du net comme si tu savais ce que c’est ?tu as fait la grande guerre tu en as vu des choses je ne te vole pas ton mérite mais avoue que ça c’est de la colle pour toi !!!!
Et bien ce net c’est cette chose qui me permet de rester en contact avec mes amis des 4 coins du monde et qui me donne l’impression d’être avec eux, avec je m’informe, je communique et je me divertis une vraie révolution virtuelle.
Grand père en lisant cette partie je sais que tu tomberas des nues et que tu n’en croiras pas tes yeux, mais c’est vrai, sur terre les hommes ont perdu leurs repères au point de consacrer le mariage entre personnes de sexes opposés comme au temps de Sodome et Gomorrhe et le malheur est que cette tendance s’importe même chez nous aujourd’hui.
Grand père ,maintenant la foi est menacée parce que des personnes qui ont foulé les lieux saints osent encore forniquer avec des jeunes filles à peine nubiles, la plupart des leaders religieux ont opté pour la vie terrestre et vénèrent l’argent ,tous ou presque touchent des millions et conduisent d’énormes engins qui feraient rêver Al Capone.
Grand père j’ai plein de choses à te dire mais pour écrire je suis bloqué, ne t’inquiète point je vais à nouveau ressasser mes souvenirs pour t’écrire à nouveau.
Je ne sais pas s’il t’arrive d’apercevoir mon père parfois, en tout cas si tu le vois passe lui mon bonjour et dis lui qu’il nous a toujours manqué à mes frères et moi et dis lui qu’il aurait été fier de voir les hommes que nous sommes devenus. Dis lui que je me suis marié et le premier fruit de mon union porte son nom .
Passe aussi le salam à toutes tes connaissances, dis leur que nous vous rejoindrons bientôt fauché de façon naturelle par une maladie, un accident ou par une balle des sbires de Alpha Condé qui sèment la mort à chaque manifestation.
Je m‘arrête là ,tout en espérant que tu garderas jalousement ma missive , encore mieux que ces feuilles ces feuilles de mangue que je te donnais quand j’étais petit et qui te faisaient présager une imminente arrivée d’argent.


Les ‘’ Alludje’’ : Ces structures traditionnelles qui favorisent la paix et l’harmonie au Fouta Djallon

Traditionnellement la planchette est l’ardoise en bois sur laquelle tous les petits enfants apprennent les rudiments de la parole sacrée : le Coran .
La planchette est si importante que la classification sociale au Fouta Djallon notamment à Labé utilise une nomenclature lié à cet instrument .
De nos jours le nom ‘’Alluwaal’’ sert à désigner chacun des 4 groupes sociaux qui renferment les habitants de la cité et à chacun de ces ‘’alluwaal ‘’ correspond une des portes de la Mosquée fondée par Karamoko Alfa mo Labé au 18 ème siècle.
Chaque cérémonie cultuelle est l’occasion d’honorer ces 4 entités dont les rôles sont bien distincts au sein de la communauté.
Le premier de ces 4 ‘’Alludje ‘’ est ‘’Alluwaal Kalidouyabhe’’ littéralement la planchette des descendants de Kalidou l’aïeul des Diallo de Labé ainsi que de tous les descendants du patriarche Karamoko Alfa à Popodara ou encore Mali.
– Les Kalidouyaabhe
– Les Awlube (maitre de la parole traditionnels dont l’origine remonte au passage du conquérant Elhadj Oumar Tall sous le règne de l’Almamy Omar dixième souverain du Fouta Théocratique et père de Bokar Biro.)
– Les Kalibori
– Les Iloyaabhe
– Les Lawbhé
– Les Maa Sadjouma (descendant d’un ancien compagnon de Karamoko Alfa, ce nom désigne tous ses descendants aussi de nos jours)
Ensuite il y a ‘’Alluwaal Dow Saaré ‘’qui comprend :
– Les Ndouyebhe
– Les wolaarbhe
– Les sarambhe (familles Sarakolés installées au cœur de Labé et originellement venues faire du négoce)
– Les Diakabhe (descendants de Soumanfodé Diackaby l’un des deux marabouts qui ont aider Karamoko Alfa à juguler les forces surnaturelles qui entravaient l’érection des murs de sa mosquée)
– Les Garankebhee (descendants de l’autre des deux marabouts qui ont aider Karamoko Alfa à juguler les forces surnaturelles qui entravaient l’érection des murs de sa mosquée)
– Les maninkaabhe (personnes originaires de l’ancien Mandé établies à Labé par le truchement de l’histoire et du négoce)
– Les étrangers de passage.
En troisième position il y a ‘’Alluwaal Talibabhe ‘’, dérivé du mot arabe Talib signifie apprenant ou disciple ou encore élève en parlant du Livre Sacré le Noble Coran. Neuf groupes de familles composent cette entité :
– Les Ngueriyaabhe
– Les Mbalbhe
– Les Ndiobboyaabhe
– Les Nyogueyaabhe
– Les Houssanayaabhe
– Les Hammadiyaabhe
– Les Pateyaabhe
– Les Dikooyaabhe
– lesYilaabhe
Enfin nous avons ‘’Alluwaal’’ Adaadul Kabir ‘’ comprenant :
– les seleyaabhe
– les Ferobhe
– les Macinaabhe
– les Timbonkebhe
– les Djimbalaabhe
– les djembeleyabhe

il convient de souligner que dans cette quatrième entité ,les Djimbalabhe sont traditionnellement ceux qui sont habilités à prononcer les bénédictions conclusives d’une assemblée .


Baba Wouro: Témoin de l’histoire des peuhls du Fouta Djallon

En pular ‘’Baba wouro’’ signifie le maitre du troupeau lato sensu ce nom symbolise l’abondance et le prestige et l’histoire de cet instrument multiséculaire n’en est pas moins prestigieux.
Conçu en 1650 par un chroniqueur traditionnel Farba Hammady (Farba désigne les maîtres de la parole attitrés dont la connaissance fait l’unanimité et l’art de parler école AU Fouta Djallon).
Leur origine se confond souvent au passage du conquérant Elhadj Oumar Tall sous le règne de l’Almamy Oumar Barry dixième Almamy du Fouta et père des princes Alpha Mamadou Pathé et Bokar Biro.
Ainsi de père en fils l’instrument de Farba Hammady transitera par les mains de Farba Oumar son fils qui le léguera au sien Farba yaya Bendjou qui le laissera à Farba Keba qui à sa mort le laissera aux mains de son Garçon Thierno Yaya Sow qui berce jalousement l’ancestral instrument depuis un quart de siècle.
L’actuel gardien de ce patrimoine Thierno Yaya Sow nous a fait un petit laïus sur le nom donné à cette guitare traditionnelle : « partout où l’instrument a conduit les pas de mes aïeux ils ont rencontré de la bonne fortune et ont ramené des bœufs,car chez les peuhls rien n’égale ni ne surpasse le bœuf quant il est question de richesses . »
L’histoire dans sa course a vu parfois l’ancestral instrument de musique changer de costume et dans cette mutation la coutume exige l’immolation d’une vache de celle qu’on qualifie de rouge dans le terroir et dont la peau du front devra servir à faire un nouvel habit pour ‘’Baba Wouro’’.
Si des virtuoses de la parole ont laissé leur empreinte sur l’illustre instrument, celui qui aura sans doute vendu sa plus belle image est sans conteste Farba Keba son avant dernier usager car l’homme est l’auteur de grands classiques enregistrés et vendus aujourd’hui sous formes de cassettes.
Ces œuvres sont entre autre : récit de la vie de Bokar Biro Barry (dernier Almamy du Fouta),récit de la vie de Alpha Yaya Diallo (dernier roi de Labé encore surnommé par les griots ‘’Gallissa Sané’’ en référence des origines de sa mère princesse du Ngabou et fille du redoutable Dianke Waly’’,récit de la vie de Samba Gueladio héro peuhl dont les aventures sont innombrables et empruntes de courage et de témérité, mais aussi de nombreuses cantiques et louanges au Prophète Mohamed (PSL).
380 ans après sa conception ‘’Baba Wouro’’ est loin d’avoir achevé son cycle et s’impose comme un témoin vivant de l’histoire peuhle du Fouta Djallon de ses origines à nos jours.