Silence ! La nature est assassinée chez nous
Le Foutah Djallon est l’une des 4 régions naturelles de la Guinée, encore surnommé le Château d’Eau de l’Afrique de l’Ouest de par les nombreux cours d’eau qui l’innervent.
La zone recèle l’essentiel des chutes d’eau qui attire les touristes, notamment Kinkon, Kambadaga, Ley Celloun ou encore les célèbres chutes de la Saala qui se perdent en une infinie cascade dans la nature.
Dans cet environnement paradisiaque, émerge Labé, actuelle capitale régionale pleine d’histoires, située entre deux montagnes : es monts Kolima et Serima, respectivement à l’Est et à l’Ouest. D’antan, Labé était entrecoupée de cours d’eau célèbres comme Sassewol, Donghorawol, Bendekourewol, Beindebawol et Plon. Autant d’endroits témoins de joies, de plaisirs et de communion entre les citoyens.
L’urbanisation sauvage et effrénée
Cette cité de verdure et d’eau autrefois, a rapidement payé le tribut de l’urbanisation accélérée et désordonnée obligeant à une prédation des espaces verts et un étranglement des cours d’eau qui ont phagocyté les espaces verts, et étranglé les cours d’eau.
Les briquetiers creusent la terre dans les lits de cours d’eau, utilisent le mince filet d’eau dans ces cours d’eau pour malaxer l’argile pour la confection des briques et l’environnement des cours d’eau est détruit pour servir de source d’énergie pour la cuisson et le durcissement des parpaings.
Les fours à charbons sont très répandus dans les zones rurales et pour les miettes que les charbonniers en tirent, chaque année ce sont d’énormes surfaces de verdure qui mordent la poussière. Les arbres finissent dans des camions ou calcinés pour l’obtention du charbon de cuisine.
Des poubelles à ciel ouvert
Partout, on trouve des tas de déchets où nagent des milliers de sachets plastiques et de couches pour bébé usagées.

Ce qui reste des cours d’eau qui irriguaient la ville de Labé est parfois un filet d’eau où les citernes des sapeurs pompiers viennent s’abreuver, quand ce n’est pas les taxis motos qui viennent y laver leurs engins. La nuit des citoyens en panne de civisme viennent y déposer en catimini leurs ordures dont le volume et la puanteur grandissent minute après minute. De plus, l’aménagement des voiries ne prévoit souvent pas de canaux d’écoulement des eaux de ruissellement, chose qui oblige la nature à reprendre ses droits.
Un cas illustratif à méditer
Au cœur des années 80, la ville de Labé n’était pas encore l’attraction sociale qu’elle est aujourd’hui et les besoins en électricité n’étaient pas encore ceux de maintenant. Le barrage de Mangalabe Labé servant de frontière naturelle entre les quartiers Kouroula et Pounthioun permettait d’alimenter le centre administratif en électricité. Malheureusement, une pluie diluvienne a entraîné la rupture du barrage en 1992 entraînant des dégâts majeurs.

Il n’est jamais redevenu comme avant, car l e barrage s’est transformé en une buanderie à ciel ouvert, un repaire pour brigands et consommateurs de stupéfiants. Pour les besoins de sécurité, les riverains se sont impunément mis à abattre les arbres et au fil des ans, les nouvelles parcelles acquises de l’autre côté du site ont commencé à être aménagées quand ce n’est pas des exploitations agricoles qu’on érige en plein lit du barrage.
Conséquences : en saison des pluies, le site regorge d’eau mais en saison sèche parfois pas une goutte au point où au moi d’avril dernier, un jeune de la cité voulant sensibiliser sur la protection de l’environnement s’est glissé au cœur de ce qui était le lit du cours d’eau pour se mettre à jongler avec une balle de foot.
Les visages de la prédation de la nature sont des visages familiers, des visages d’un frère qui a une tronçonneuse, d’une sœur dont la lessive et les couches hygiéniques polluent la nature ou d’un oncle dont le seul focus est l’argent qu’il vendra en écoulant ses lourdes cargaisons de bois ou de charbon.
Nous devons comprendre que chacun doit cultiver le réflexe de planter des arbres, de garder propre les espaces communs et les cours d’eau et l’interdépendance entre météo et environnement.
