Le bonheur se trouve au bout de la patience

Les cauris avaient livré leur verdict et les sages avaient consulté les astres, tout semblait normal et les deux tourtereaux pouvaient convoler.
A la fin de ses études, un piston avait permis à Habib de se mettre au service de Elhadj  »Guelloun », cossu commerçant connu de tout le monde à des milliers de kilomètres à la ronde.
Tafsa, elle était belle comme une de ces orchidées sauvages, elle alimentait déjà les débats chez les hommes dans toute la ville.
Le mariage se fit en alliant tradition et modernité selon la mode du moment. Et pour le début le foyer fut un havre que pas l’ombre d’un malentendu ne vit troubler.
Puis, l’année passa sans que Tafsa n’ait pris de rondeurs, les tracas virent jour et vinrent jeter la discorde sur le couple.
La mère d’Habib se chargea d’ouvrir les hostilité. La vieille connue pour sa hargne, son embêtement et sa volonté de tout contrôler commença par échouer au domicile du couple à intervalle régulier, puis ne se gêna pas de s’enquérir du calendrier menstruel de sa bru. Puis, avec une feinte hypocrisie, elle fit mine de conseiller la jeune dame tout en menaçant d’un séjour infernal, la femme qui refuserait de porter la semence de son mari.
Voyant que toutes ces démarches ne portaient pas fruit, la vieille Ramata engagea la vitesse supérieure, celle où il faut vider la bru et la remplacer par une nouvelle et pour cela i allait jour sur les nerfs de Tafsa.
Tafsa était préoccupée, elle en perdait même l’appétit et le goût de vivre.
Son corps ne cessait de maigrir et les cernes ornaient désormais ses yeux de biche.
Ce qu’elle n’arrivait pas à comprendre, c’est la volte face d’Habib, l’homme à qui elle avait donné sa fleur et son charme. Habib avait succombé à la volonté de sa mère et était partant pour convoler une nouvelle fois.
Le second mariage se préparait en sourdine et Tafsa comprit. On ne peut point cacher ces choses au flair féminin. La nouvelle femme de Habib était de quelques années l’ainée de Tafsa et était à son deuxième mariage, belle, elle avait connu l’enfer des violences conjugales et d divorce avant de se reprendre en main . Le petit bout de chou né de a première union avait juste 4 printemps
La belle mère pour achever Tafsa ne cessait de vanter les qualités de sa conquête, car c’était bien la sienne, elle l’avait choisie, conduit les démarches nuptiales. Donc c’était son choix, sa conquête et pourquoi pas son combat?
Malgré toute cette énergie, c’est aussi Ramata qui avait eu les  »gentils » mots que chez les peuls on tient à une personne dans la difficulté :
<< Ko mougnaal dey>>. Tafsa n’était pas dupe. Elle ne craignait pas de partager son mari, même si c’était loin d’être plaisant.
Pourtant, dans la famille d’ Habib on n’entendait pas lui faire de quartier, il fallait qu’elle s’efface, qu’elle parte. Elle qui avait à leurs yeux ‘’envouté’’ Habib pour qu’il n’ait de regard qu pour elle.
Alors, Habib entouré de sa famille avait signifié la volonté de la voir quitter la maison, elle n’avait ni crié, ni insulté juste demandé à son homme de lui accorder une faveur, celle de la ramener dans les règles de l’art.
Habib fit un paquet de colas et réuni une délégation et fit ramener Tafsa.
Pour tout parent, cet instant est dur, voire même insoutenable mais les propos du griot avaient apaisé le père de Tafsa, désormais convaincu que sa fille n’était en rien fautive.
Alors, il décida de mettre Tafsa en  »Edda », cette retraite purificatrice qui permet à une femme mariée de s’affranchir des liens de son précédent mariage.
7 mois plus tard, un jeune homme à qui l’aventure suisse avait réussi lui mit, la bague au doigt. Il avait de l’argent et cherchait une compagne, c’était chose faite. Il aima la jeune dame à la limite du possible. Au mariage, il lui accorda les faveurs d’une vierge et lui offrit un commerce et une luxueuse voiture neuve en guise de cadeau de noces. Et comme une réparation que Dieu lui accordait, 6 mois après, Tafsa avait pris des rondeurs, un bébé s’était réfugié dans ses entrailles. Elle avait chanceler de joie à l’annonce du gynéco et Ousmane son nouveau mari ne manquait pas de la mettre en confiance à propos de cet enfant qu’elle désirait tant.
<> disait il et cette fois, il était vraiment là car Dieu est du camp des justes, celui des patients.
Pendant ce temps, Habib souffrait le martyr et l’enfer que sa mère promettait alors à la douce Tafsa. Il avait épousé la bouteille et buvait désormais comme un polonais, son travail lui avait échappé et il n’était plus que l’ombre de lui même.
Sa femme, la nouvelle n’ayant pas supporté la déchéance de son homme était partie avec un nigérian, bien entendu après avoir siroté le nectar, elle laissait Habib dans le pire en lutte avec ses démons…
Cet après midi, la rue la plus fréquentée de la ville était noire de monde, la vieille Ramata attendait un taxi, il fallait jouer des coudes pour se frayer une place, son âge ne lui permettait pas de se livrer à ce jeu, alors elle attendait. Une grosse cylindrée s’arrêta à son niveau, elle était belle et la personne qui la conduisait encore plus, elle fit la flexion et salua:
<>, la vieille paniqua, non ça ne pouvait pas être, Tafsa mais la voix, la vieille Ramata se crut la victime d’un djinn, si la voix était familière, la personne en face l’était moins ou pas du tout. Elle sentit ses jambes perdre appui et souriante, la jeune dame lui serra la main et l’entraina vers le bolide, elle l’ouvrit et aida la vieille à monter. Tafsa conduisit son ancienne belle mère qui ne se risqua pas à la conversations contentant par moment de satisfaire son incrédulité en jetant des regards circulaires.
La vieille Ramata, malgré tout les efforts maugréa : « Adouna no hewii bimbidje nani »,oui la vie était plein de surprises, elle se ravisa et sourit machinalement. Le reste du voyage se fit en silence…

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