Le turban chez les peuhls de Guinée : signe de pouvoir et de connaissance

Article : Le turban chez les peuhls de Guinée : signe de pouvoir et de connaissance
28 août 2018

Le turban chez les peuhls de Guinée : signe de pouvoir et de connaissance

Dans l’histoire du Fouta Djallon, le turban, appelé metelool, est présent à un certain niveau de stratification de la société. Le turban est à la fois un insigne de pouvoir et un symbole de connaissance.
Le Fouta Djallon: Aperçu historique
c’est l’une des 4 régions naturelles de la Guinée liberée de la colonisation française, encore appelé Moyenne Guinée, au 18ème siècle, cette partie montagneuse et point de départ de nombreux fleuves régionaux comme la Gambie, le Niger ou le Sénégal a vu se développer un état fédéral appelé royaume théocratique du Fouta Djallon et composé de 9 provinces. .
En un peu plus d’un siècle et demi d’existence, le Fouta Théocratique a fait montre d’une grande organisation et expérimentera des techniques démocratiques en cours dans les démocraties actuelles comme: L’alternance, le droit de grâce notamment.
De 1725 à 1896, le royaume qui s’est étendu vers Boké s’agrandira aussi vers la Guinée Bissau actuelle appelée Ngabou.

 
Le turban est une bande d’étoffe de trois à 4 coudées que l’on utilise pour ceindre la tête d’une certaine catégorie de personnes, notamment les chefs religieux, les chefs politiques et les maîtres de la parole. A chacune de ses trois catégories sociales, correspond un type de turban.

 
Le turban religieux ‘’metelool dinah ‘’

C’est un turban qui s’acquiert au mérite et est l’équivalent d’un diplôme qu’on obtient en achevant le cycle des études coraniques.
On dit alors que le préposé à atteint le « tafsir », c’est à dire la clôture du livre saint. L’aspirant Thierno devra lire de la sourate Nassroulaye à celle d’introduction la Fatiha ou de Qoreich à la Fatiha avant d’en faire la traduction et l’exégèse.
Une cérémonie est alors organisée pour permettre au requérant de s’illustrer devant un collège de personnes choisies pour superviser l’épreuve et devant le formateur.
A cette occasion un bovin est sacrifié et du pain blanc est distribué à l’assistance.Ce pain blanc est appelé en pular ‘’thiobbal alluwaal’’et était fait à bas de pate de riz dilué dans du miel.
A l’issue de l’épreuve, un turban est placé sur la tête du requérant par son maitre et dès lors son nom est précédé du titre de Thierno.
Ce couronnement n’a lieu que les vendredis et des candidats du même village peuvent être emmenés à franchir ensemble l’étape.


Le turban de la chefferie ‘’metlool laamu’’


C’est un insigne du pouvoir et l’équivalent de la couronne dans d’autres monarchies.
Son port est exclusivement réservé à ceux qui doivent exercer le pouvoir politique dans les provinces ou au sommet de l’Etat fédéral du Fouta théocratique d’avant.
Cette tradition est née sous la régence de l’Almamy Ibrahima Sory Maoudho, deuxième souverain de l’Etat du Fouta Théocratique qui s’était fait introniser à Fougoumba, capitale religieuse.(Almamy désignait celui qui exerçait le pouvoir politique et désigne celui qui dirige la prière dans une mosquée aujourd’hui, le terme est une déformation du mot arabe Al Imam)
Le rituel se répétait chaque fois qu’il y avait un nouveau chef ou qu’un dauphin succédait au roi.
Chaque chef était désigné alors sous l’appellation d’Alpha qui précédait désormais son nom comme dans le premier cas.


Le turban des maitres de la parole ’’Metelool Farba’’


Contrairement aux deux premiers qui sont blancs, le turban du Farba était rouge. Le Farba aussi était soumis à la même rigueur que les Thierno ou presque car il devait maîtriser le coran comme le premier et en plus connaitre l’histoire, les liens sociaux, avoir une dextérité orale sans faille.
Etre Farba nécessitait aussi, de postuler à la cour du chef qu’on voulait servir et de fournir un cadeau digne d’un roi pour être retenu.


Autre catégorie de turban ‘’metelool hadjou’’


Cette dernière catégorie peut être portée par n’importe quel homme ou femme qui fait le voyage pour les lieux saints en pèlerinage tel que voulu par l’islam. Il ne nécessite ni un rang social spécial, ni un savoir spécifique hormis celui d’accomplir convenablement les rites du pèlerinage. Et mieux, ce turban est commercialisé et serait acheté par le pèlerin.


Bon à savoir :
– Dans l’histoire du Fouta sur les 14 Almamys qui se sont succédés au trône, un seul n’a pas été couronné à Fougoumba. Il s’agit du rival et frère de Boka Biro (héros national pour avoir résister à la pénétration coloniale française) Alpha Mamadou Pathé Barry.
– Chaque chef du Fouta théocratique était un Thierno avant d’être Alpha, donc avait la maitrise des saintes paroles (le Coran).
– A la mort du titulaire d’un turban religieux, hormis le linceul, sa couronne (

credit photo: Foutaweb
le turban) qu’il portait est la seule chose qui pouvait être mise en terre avec lui.

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