La rançon de la honte

Article : La  rançon  de  la  honte
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2 juillet 2017

La rançon de la honte

C’était lundi premier jour de la semaine, tout le monde ou presque s’affairait à rallier son lieu de travail pour les adultes et l’école pour les jeunes, oui tout le monde sauf le vieux Mory qui venait d’avaler un bol de bouillie de mais dont la cuvée le retenait encore sur sa chaise.
L’homme était un notable de ceux qui servent les citoyens à la mosquée, de tous il était respecté et écouté car pour tous il était un exemple de droiture et une référence qui accomplissait ces obligations religieuses à la mosquée quelque soit la météo.
Jusque là rien ,ni personne n’avait su ternir cette image de sage qu’il présentait.
Ce lundi donc ,la petite Fatou comme à son habitude déambulait entre les concessions, son plateau de beignets sur la tête ,elle racolait les clients. Tout juste 12 ans ,aurait elle été née sous d’autres cieux qu’elle devait être à l’école en ce moment , mais hélas, sa famille est analphabète de génération en génération et personne n’était prêt malheureusement à rompre ce maléfice .
Alors qu’il somnolait sur sa chaise ,Vieux Mory fut tiré de son sommeil par la voix chétive de Fatou « hein !! il n’est pas trop tôt pour déranger les gens ? » fit-il étouffant le reste de sa phrase dans la toison fournie de sa barbe.
Sans mot , Fatou poursuivit son chemin. Quelques pas plus loin, le vieil homme qui avait vu germer une mauvaise pensée dans sa tête la rappela en ces termes : « Fatou !reviens que j’essaye de tes beignets » pendant que Fatou heureuse de dénicher son premier client de la journée hâtait le pas pour venir à sa rencontre ,vieux Mory fit l’effort de se lever et pris la direction de sa chambre faisant signe à l’enfant de suivre. Sans méfiance, cette dernière la suivit et en un tour de bras sans qu’elle n’ait même eut le temps de réaliser ce qui lui arrivait la petite fille se retrouva sous le poids du sexagénaire qui explora son royaume d’enfance………..
Au retour Fatou se sentait engourdie et avait mal partout ,en plus le sang virginal entachait une partie de son pagne, c’est justement en remarquant cette tache de sang sur les habits de sa fille que dame Mariam eut des doutes et décida de s’enquérir de ce qui n’allait pas ,alors devant l’insistance de la mère sa fille raconta sa mésaventure.
Le sang de Mariam ne fit qu’un tour et elle poussa un cri inhumain avant de s’évanouir. …..
Le reste de la journée fut une sorte de deuil et il avait fallu un effort et une sensibilisation familiale monstre pour éviter à la jeune mère d’aller étrangler l’impudique vieillard.
Dans la famille de Fatou ,la joie avait fui et la vie était désormais un enfer que ponctuait les cauchemars nocturnes de la fille , les incessants pleurs de la mère et entre le ballet incessant des notables du quartier résolu à sauver la mise d’un des leurs et pas n’importe lequel.
Il fallait défendre un honneur, mais lequel ?celui du violeur en liberté que l’hypocrisie de ses pairs tentait de défendre ou celle de la famille dont une des siens était déshonorée ?
Il n’y avait-il donc personne en ce bas monde pour comprendre le malheur de cette enfant ?
Ce vendredi encore l’incessant ballet des notables se poursuivait dans la famille de Fatou et le poids du dernier groupe venu aux bons offices était susceptible de briser la résistance de la famille .
Ce groupe était constitué des deux premiers imams du quartier ,de deux muezzins, du député de la ville et du président du conseil de quartier et d’un vieux Gaoulo bref c’était le gratin de la société qui venait peser de tout son poids pour éviter à un des siens la prison et l’humiliation.
Les salamalecs se firent et en maitre de la parole Farba prit la parole rappelant les liens séculaires entre les familles composant le quartier et la quiétude qui y règne grâce à la solidarité avant de jouer sur l’aspect communautaire :
« vieux Oumar, nous venons chez toi en frère, le mal est fait et nous afflige tous , ainsi était le destin de notre fille ,mais pour clore ce débat qui n’honore personne nous avons décidé de trouver la valise et l’avons rempli de tissus et de bijoux et y avons adjoint une somme de deux millions pour le préjudice de quoi mériter le pardon et nous savons que tu ne sauras outrepasser notre décision commune ……….»
Le groupe sortit, les sourires étaient revenus sur les visages et le père lui même affichait désormais une mine plus détendue.
Puis le père fit appeler Fatou et sa mère ,il faut dire que la mère en 4 jours avait perdu le quart de son poids ,les deux répondirent à l’appel et sans cérémonie, de but en blanc l’homme annonça j’ai pu tirer profit de la situation : « une valise pleine d’habits et de bijoux et deux millions on n’aurait pas pu mieux faire hein !!!!!! »
La femme resta sans voix quelques minutes et hurla sa colère et surtout son impuissance laissant échapper des cris de bête écorchée, étouffée par la douleur elle finit par se lâcher s’adressant à son mari : « je ne te savais pas aussi lâche !Donc toi aussi rien ne compte à tes yeux que l’argent ?quel genre de père es tu pour monnayer ainsi l’honneur de ta fille ?ton honneur ?je jure devant Dieu que je n’aurais de répit que si je vois ce pervers de Mory sous les verrous ,s’il en réchappe je luis arracherai les c…….. avec mes dents….. » et vidée de sa colère si longtemps étouffée Mariam Sanglota et tomba dans les pommes laissant son mari désemparé et abattu . …….

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Commentaires

Bablofil
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Thanks, great article.