Que veut Daddy à la fin, troisième mandat ou glissement ?

La Guinée jusque là ne trahit pas sa réputation de pays tumultueux. Après 26 ans de révolution, 24 ans de poigne militaire, 2 accidents ayant porté Dadis et El Tigre au pouvoir, Alpha Condé est arrivé pour boucler la boucle d’un cycle aux conséquences déjà fâcheuses.
Après plus d’un demi-siècle dans l’opposition, qui lui ont laissé un goût particulièrement amer, il rêve, au pire, d’un troisième mandat, au mieux, d’un glissement. Daddy a vite annihilé les espoirs des Guinéens d’avoir enfin un président intellectuel.

Après un premier quinquennat raté comment Alpha Condé a- t-il pu se maintenir ?

Sans doute la question à un dollar… En 5 ans, Alpha Condé s’est illustré par ses voyages infructueux, ses promesses sans lendemain, ses pieds de nez à l’opposition… Comme la fois où il ne s’est pas gêné pour dire dans une assemblée de son parti, en parlant des opposants :

« Laissez-les aboyer, ils n’ont qu’à marcher, marcher, rien n’empêchera le train du changement… »

Le locataire de Sékhoutouréya* a conservé sa rudesse de ton et de propos, mais la vraie question est celle de savoir : par quelle alchimie s’est-il maintenu ?

N’importe quel esprit lumineux peut comprendre que rien ne pourrait entraver ses projets. Alors qu’il était à la quête du Graal [la présidence], Alpha a pu inverser un score qui lui était défavorable aux lendemains du premier tour de la présidentielle de 2010… Quoi, ou qui, pourrait arrêter un tel homme ?

Entre doutes et certitudes d’un ‘’autre’’ mandat

Alpha Condé est un chef d’État qui a donné un coup de pied dans un nid de frelons… et tous les problèmes lui ont pété à la gueule au même moment ! Avec, bien entendu, une patate chaude qui s’ancre dans la durée : les huit millions du SLECG*.
Dans ce capharnaüm, Alpha ne cherche pas à régler les problèmes, mais simplement à les déplacer, à gagner du temps… En font foi les perpétuels jeux de cache-cache avec l’opposition, les syndicats, les forces vives sans qu’il ne soit égratigné une seule fois.
Ses adversaires ont toujours eu de l’élan mais ont tremblé quand il ne fallait pas, et se sont fait duper.

Une seule obsession : Briser les voix discordantes à tout prix

En deux mandats, Alpha Condé se sera frotté à tous les fondements de la démocratie, tentant de les affaiblir ou de les phagocyter.
Dans ses réflexes, on sent que l’opposition pour lui n’est pas que cette poignée de partis politiques faisant front sous la conduite de Cellou Dalein, c’est toute voix qui veut et peut se lever pour contrecarrer ses plans.
Les médias ont eu droit à leur part d’intimidation et le feuilleton Espace est encore dans les esprits*, l’Assemblé nationale a une majorité arc-en-ciel à ce jour et la cour constitutionnelle est tombée dans les travers avec l’éviction de  son président, Kelefa Sall, qui s’opposait aux ambitions d’Alpha Condé.
Nous pouvons alors dire que le pari de rempiler est en bonne voie, tout ceci ajouté au silence de l’homme sur la question ou ses colères noires quand le sujet est évoqué. Voilà des signes qui ne trompent pas.

Troisième mandat ou glissement ?

Si la peur de voir Alpha Condé s’éterniser au pouvoir est réel chez le guinéen lambda, pour son image à l’extérieur il est peu probable qu’il tente de tordre le cou à la constitution. Mais rien n’est moins sûr pour ce qui est du glissement. Et pour cause, le précédant congolais avec Kabila junior fera des émules et Alpha Condé fera tout pour chambouler les institutions, les monter les unes contre les autres, créer des vides juridiques et autres excuses astucieuses… Tout pour créer une exception pour inspirer une situation exceptionnelle. Ensuite, l’hypocrite opinion internationale ‘’décrétera’’ le laisser agir le temps d’organiser des élections. Pendant ce temps, lui est peinard et prépare un ‘’dauphin’’ tout en piégeant la Commission électorale nationale indépendante (CENI)… Et sans faire un troisième mandat, il en aura fait un… Surtout que la préparation matérielle peut prendre deux ans et plus!

 

*Le palais Sékhoutouréya est la résidence officielle et le bureau du président de la Guinée. Il est situé à Conakry. Son nom fait référence au premier président de la République, Ahmed Sékou Touré.

*Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée

*Le ministre de l’information de l’époque, Cesaire Togba a refusé au groupe Hadafo media la licence lui permettant d’ouvrir sa télé. La radio du groupe constituait déjà une arête à la gorge du régime. Devant ce refus le groupe va s’allier le soutien populaire nécessaire à l’obtention de la licence. 

*Cette flopée de partis qui gravitent autour du Rassemblement du Peuple de Gunée (RPG), parti qui a porté Alpha Condé au pouvoir.

*Kelef Sall était le président de la cour constitutionnelle de Guinée, mais, depuis la deuxième investiture d’Alpha Condé, les relations entre les deux hommes sont grippées… Et pour cause, Kelefa Sall ne s’est pas gêné de mettre en garde le professeur Alpha Condé de pas succomber aux chants des sirènes révisionnistes. Voir cet homme se faire évincer comme un malpropre par ses pairs avait des airs de vengeance de la part d’Alpha Condé, qui a vite acté cette éviction.

 

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