Le Fouta Djallon, ce vaste cimetière de mangues

Le Fouta Djallon, ce vaste cimetière à ciel ouvert de mangues.
La Guinée est un pays que la nature a nantie d’une forte et belle chevelure de verdure, en plus de l’avoir bénie des arbres fruitiers des plus savoureux qui se retrouvent aux 4 coins du pays. Riche de ses régions naturelles, avec chacune son type de sol et son climat, cette pluralité donne une saveur particulière aux fruits qui y sont produits. Parmi eux, les mangues occupent une place de choix. Malheureusement, chaque année, c’est environ 70% de leur production qui est perdue, sans aucun espoir d’exploitation rationnelle. Car jusque-là, ni l’Etat, ni les gros commerçants n’ont osé prendre l’initiative de mettre fin à ce gaspillage de mangues.

La mangue : Une alliée de taille pour les étudiants lors des mois ‘’rouges’’

Le mois de mars est surnommé ‘’mois rouge’’ par les étudiants. Quelquefois, ce fameux mois de la lunaison estudiantine se prolonge, notamment quand le pécule tarde à tomber et que les étudiants affichent un solde nettement débiteur.Dans ces cas-là, si la saison des mangues se dessine, elle est vécue comme une véritable manne céleste.
Vous voulez connaître les petits noms qu’on donne à la mangue sur les campus guinéens ? Et bien ‘’à bas les tuteurs aigris’’, ‘’Dieu merci’’ ou la ‘’viande verte’’, en référence à la fibre qui reste coincée entre les dents et qu’on ne peut dénicher qu’avec un cure dent.

Une palette culinaire des plus larges :

Les mangues peuvent se consommer crues, bouillies simplement à l’eau ou cuites avec de l’huile rouge et saupoudrées de poudre de poisson. On peut en extraire du jus ou en utiliser pour une salade de fruits. Quelle que soit la présentation, c’est toujours un délice de savourer une mangue mûre.

 

Les mangues, une richesse inexploitée en Guinée :

La Guinée perd chaque année plus de 50% de ses mangues, environ, et ce taux peut monter à 70% au Fouta Djallon, si on s’intéresse à la quantité de fruit qui pourrit faute d’une gestion efficiente. D’autre part, les guinéens s’éternisent dans l’utilisation de techniques traditionnelles de gestion, et refusent de s’ouvrir à l’air du temps. Des techniques plus rationnelles comme le séchage (chips de mangues) ou la fabrication de la confiture pourraient pourtant aider à rationaliser les stocks.

Une exportation sauvage et anarchique :

Depuis qu’ils ont découvert l’intérêt de certains pays frontaliers, comme le Sénégal, pour la mangue guinéenne, les commerçant se sont lancés dans une sorte d’OPA des mangues encore en floraison dans les villages. Ils versent entre 50 et 500 000 francs aux propriétaires, avant de revenir cueillir les fruits pour les envoyer dans les pays de la zone CFA, empêchant quelquefois les propriétaires de goûter à un seul fruit de leurs plantes.
A destination, ces mangues sont vendues à prix d’or ou transformées en jus et manufacturées. Dans ces cas-là, elles peuvent même être ramenées dans notre pays par le biais d’une importation dont les naïfs opérateurs économiques sont les promoteurs.

Des opérateurs économiques en panne d’inspiration :

Les opérateurs économiques guinéens manquent de vision ou du moins d’initiatives, les plus riches d’entre eux se cantonnent à monter une unité de production d’eau minérale alors qu’avec une telle faveur de la nature , ils auraient pu viser plus grand et hisser leur concurrence à un niveau plus honorable.

S’inspirer de modèles à succès expérimentés ailleurs :

A l’occasion de mes études au Bénin, j’ai eu l’opportunité de visiter les propriétés de l’entreprise Songhay, une entreprise Béninoise. Son propriétaire, un pasteur, a totalement misé sur l’agroindustriel, produisant et transformant toute sa production sur place. Sirop de gingembre, sirop d’oseille de Guinée ou encore sirop d’ail pour de multiples traitements, le résultat est probant.

La Guinée est forte de produits agricoles de haute qualité, enviés partout dans le monde et pourrait en tirer profit comme tout pays normal. Je ne jette pas la pierre, ni ne crie haro sur le baudet, je veux juste dire que cet emploi que les jeunes réclament et ne trouvent jamais, cet espoir déçu qui les jette dans les bras de la Méditerranée, le retour organisé et raisonné à la terre peut nous l’offrir.

En conclusion je m’en vais citer un anonyme qui, si j’ai l’honneur d’être lu par lui un jour, saura se reconnaître et faire ma fierté :
« Tout savoir qui n’est pas convertible en potentialités de développement est une culture générale. »

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