Le turban chez les peuhls de Guinée : signe de pouvoir et de connaissance

Dans l’histoire du Fouta Djallon, le turban, appelé metelool, est présent à un certain niveau de stratification de la société. Le turban est à la fois un insigne de pouvoir et un symbole de connaissance.
Le Fouta Djallon: Aperçu historique
c’est l’une des 4 régions naturelles de la Guinée liberée de la colonisation française, encore appelé Moyenne Guinée, au 18ème siècle, cette partie montagneuse et point de départ de nombreux fleuves régionaux comme la Gambie, le Niger ou le Sénégal a vu se développer un état fédéral appelé royaume théocratique du Fouta Djallon et composé de 9 provinces. .
En un peu plus d’un siècle et demi d’existence, le Fouta Théocratique a fait montre d’une grande organisation et expérimentera des techniques démocratiques en cours dans les démocraties actuelles comme: L’alternance, le droit de grâce notamment.
De 1725 à 1896, le royaume qui s’est étendu vers Boké s’agrandira aussi vers la Guinée Bissau actuelle appelée Ngabou.

 
Le turban est une bande d’étoffe de trois à 4 coudées que l’on utilise pour ceindre la tête d’une certaine catégorie de personnes, notamment les chefs religieux, les chefs politiques et les maîtres de la parole. A chacune de ses trois catégories sociales, correspond un type de turban.

 
Le turban religieux ‘’metelool dinah ‘’

C’est un turban qui s’acquiert au mérite et est l’équivalent d’un diplôme qu’on obtient en achevant le cycle des études coraniques.
On dit alors que le préposé à atteint le « tafsir », c’est à dire la clôture du livre saint. L’aspirant Thierno devra lire de la sourate Nassroulaye à celle d’introduction la Fatiha ou de Qoreich à la Fatiha avant d’en faire la traduction et l’exégèse.
Une cérémonie est alors organisée pour permettre au requérant de s’illustrer devant un collège de personnes choisies pour superviser l’épreuve et devant le formateur.
A cette occasion un bovin est sacrifié et du pain blanc est distribué à l’assistance.Ce pain blanc est appelé en pular ‘’thiobbal alluwaal’’et était fait à bas de pate de riz dilué dans du miel.
A l’issue de l’épreuve, un turban est placé sur la tête du requérant par son maitre et dès lors son nom est précédé du titre de Thierno.
Ce couronnement n’a lieu que les vendredis et des candidats du même village peuvent être emmenés à franchir ensemble l’étape.


Le turban de la chefferie ‘’metlool laamu’’


C’est un insigne du pouvoir et l’équivalent de la couronne dans d’autres monarchies.
Son port est exclusivement réservé à ceux qui doivent exercer le pouvoir politique dans les provinces ou au sommet de l’Etat fédéral du Fouta théocratique d’avant.
Cette tradition est née sous la régence de l’Almamy Ibrahima Sory Maoudho, deuxième souverain de l’Etat du Fouta Théocratique qui s’était fait introniser à Fougoumba, capitale religieuse.(Almamy désignait celui qui exerçait le pouvoir politique et désigne celui qui dirige la prière dans une mosquée aujourd’hui, le terme est une déformation du mot arabe Al Imam)
Le rituel se répétait chaque fois qu’il y avait un nouveau chef ou qu’un dauphin succédait au roi.
Chaque chef était désigné alors sous l’appellation d’Alpha qui précédait désormais son nom comme dans le premier cas.


Le turban des maitres de la parole ’’Metelool Farba’’


Contrairement aux deux premiers qui sont blancs, le turban du Farba était rouge. Le Farba aussi était soumis à la même rigueur que les Thierno ou presque car il devait maîtriser le coran comme le premier et en plus connaitre l’histoire, les liens sociaux, avoir une dextérité orale sans faille.
Etre Farba nécessitait aussi, de postuler à la cour du chef qu’on voulait servir et de fournir un cadeau digne d’un roi pour être retenu.


Autre catégorie de turban ‘’metelool hadjou’’


Cette dernière catégorie peut être portée par n’importe quel homme ou femme qui fait le voyage pour les lieux saints en pèlerinage tel que voulu par l’islam. Il ne nécessite ni un rang social spécial, ni un savoir spécifique hormis celui d’accomplir convenablement les rites du pèlerinage. Et mieux, ce turban est commercialisé et serait acheté par le pèlerin.


Bon à savoir :
– Dans l’histoire du Fouta sur les 14 Almamys qui se sont succédés au trône, un seul n’a pas été couronné à Fougoumba. Il s’agit du rival et frère de Boka Biro (héros national pour avoir résister à la pénétration coloniale française) Alpha Mamadou Pathé Barry.
– Chaque chef du Fouta théocratique était un Thierno avant d’être Alpha, donc avait la maitrise des saintes paroles (le Coran).
– A la mort du titulaire d’un turban religieux, hormis le linceul, sa couronne (

credit photo: Foutaweb

le turban) qu’il portait est la seule chose qui pouvait être mise en terre avec lui.

Top 10 des axes routiers les plus dangereux de la ville de Labé

De loin le plus grand parc moto du pays, Labé est aussi un lieu où les accidents sont légions.
Dans cette peinture peu élogieuse de la cité de Karamoko Alfa, 10 endroits sont réputés être les plus dangereux. Un petit sondage réalisé sur des usagers de la route, en majorité des conducteurs de taxis motos, a permis d’aboutir à ce billet.
De l’avis général, la palme revient à, dans l’ordre :
1- Le Virage ‘’S’’ :
Situé dans le quartier Safatou sur la nationale 1, à 6 km du centre ville, il porte ce nom parce qu’il est en fait une succession de virages.
Pendant de longues années, l’endroit a été le théâtre de chutes mortelles. La présence d’un club de nuit, installé dans le parages et en bordure de route au début des années 2000, a longteps expliqué la fréquence des accidents.
2- Le carrefour Radar :
Situé sur la même nationale, trois km plus loin que le virage ‘’S’’, ce lieu est ainsi nommé parce qu’il permet d’aller vers l’ancienne installation du radar. Associée au flux de la nationale, sa proximité avec plusieurs complexes hôteliers et clubs de nuit en font un endroit dangereux. Il ne se passe presque pas de jours sans qu’un accident n’ait lieu à cet endroit.
3- Le carrefour Bilal
Grande intersection reliant le centre ville au vieux quartier Daka et le quartier Mosquée à la banlieue Est. La route prend naissance au niveau du portail Est de la mosquée de Karamoko Alfa et se poursuit sur une pente abrupte d’environ 3%. L’endroit idéal pour permettre à des conducteurs peu prudents de s’encastrer.
4- Le rond point du Tinkisso
Sans doute le coin le plus animé de la ville de Labé. Vivant d’une aube à la suivante, le sens giratoire au niveau de ce grand carrefour est particulièrement problématique. Et c’est sans compter la présence insolite de bœufs en tout temps sur les lieux.
5- La sassée :
Qui n’a jamais entendu parler du mythe de la dame-génie de la sassée ? Cette femme, disait-on, occasionnait les accidents au gré de ses humeurs fluctuantes. Le lieu était aussi connu pour être un endroit qu’aucun chef ne doit traverser au risque de se voir évincer. Vrai ou faux, quelques mois avant sa tragique descente aux enfers, Dadis Camara – qui s’était emparée du pouvoir en 2008 pour devenir président de la junte – avait bravé l’interdit. Le résultat se passe de commentaires.
6- Carrefour Thyndel :
Situé sur la corniche de Konkola en direction du stade régional, ce carrefour est rendu dangereux par la proximité du marché et du stade, sans oublier que l’une des plus grandes écoles de la vile, le lycée Wouro est domicilié dans les parages. Il y a trois ans un des accidents les plus traumatisants de ces dernières années s’y est tenu : un camion de sable a écrasé un vieil homme.
7- Le pont Alhamdou :
Situé à la lisière des quartiers Daka et Mairie et coupé par l’axe Hoggo Mbouro et carrefour Bilal, la pente dangereuse de 4% est un vrai guêpier que le manque de courtoisie dans la circulation transforme en carrefour de la mort.
8- Carrefour Enco 5 :
Ce carrefour est situé entre les quartiers Tata I et Tata II et se situe sur la route du camp militaire, le carrefour ainsi appelé à cause de sa proximité de l’ancienne base de cette entreprise qui évolue dans les travaux publics. La route est une transnationale qui mène vers le Sénégal et ces derniers temps surtout, les accidents y sont innombrables.
9- Le carrefour Hoggo Mbouro :
Situé en plein centre ville, il marque une limite entre Kouroula, Mairie et Daka, trois des plus vieux quartiers de la ville. Une pente abrupte située au niveau du complexe Hoggo Mbouro empêche les usagers venant de Tata ou Daka de voir leur vis-à-vis à temps et cette absence de visibilité temporaire s’avère souvent fatale.
10- Le rond point de l’hôpital régional :
Plus vieille intersection de la ville et la plus usitée de nos jours encore, ce rond-point est au cœur du centre urbain et se situe à la façade d’entrée de l’hôpital régional. Sa situation un peu inclinée constitue un danger permanent, à toute heure de la journée.

Toutefois, hormis ces endroits, si vous restez ‘’fair play’’ dans votre conduite, vous avez le temps de vous délecter du charme hospitalier de la cité de Karamoko Alfa.
De passage à Labé, prenez soin de vous et tuez la vitesse pour épargner des vies humaines.

Le Fouta Djallon, ce vaste cimetière de mangues

Le Fouta Djallon, ce vaste cimetière à ciel ouvert de mangues.
La Guinée est un pays que la nature a nantie d’une forte et belle chevelure de verdure, en plus de l’avoir bénie des arbres fruitiers des plus savoureux qui se retrouvent aux 4 coins du pays. Riche de ses régions naturelles, avec chacune son type de sol et son climat, cette pluralité donne une saveur particulière aux fruits qui y sont produits. Parmi eux, les mangues occupent une place de choix. Malheureusement, chaque année, c’est environ 70% de leur production qui est perdue, sans aucun espoir d’exploitation rationnelle. Car jusque-là, ni l’Etat, ni les gros commerçants n’ont osé prendre l’initiative de mettre fin à ce gaspillage de mangues.

La mangue : Une alliée de taille pour les étudiants lors des mois ‘’rouges’’

Le mois de mars est surnommé ‘’mois rouge’’ par les étudiants. Quelquefois, ce fameux mois de la lunaison estudiantine se prolonge, notamment quand le pécule tarde à tomber et que les étudiants affichent un solde nettement débiteur.Dans ces cas-là, si la saison des mangues se dessine, elle est vécue comme une véritable manne céleste.
Vous voulez connaître les petits noms qu’on donne à la mangue sur les campus guinéens ? Et bien ‘’à bas les tuteurs aigris’’, ‘’Dieu merci’’ ou la ‘’viande verte’’, en référence à la fibre qui reste coincée entre les dents et qu’on ne peut dénicher qu’avec un cure dent.

Une palette culinaire des plus larges :

Les mangues peuvent se consommer crues, bouillies simplement à l’eau ou cuites avec de l’huile rouge et saupoudrées de poudre de poisson. On peut en extraire du jus ou en utiliser pour une salade de fruits. Quelle que soit la présentation, c’est toujours un délice de savourer une mangue mûre.

 

Les mangues, une richesse inexploitée en Guinée :

La Guinée perd chaque année plus de 50% de ses mangues, environ, et ce taux peut monter à 70% au Fouta Djallon, si on s’intéresse à la quantité de fruit qui pourrit faute d’une gestion efficiente. D’autre part, les guinéens s’éternisent dans l’utilisation de techniques traditionnelles de gestion, et refusent de s’ouvrir à l’air du temps. Des techniques plus rationnelles comme le séchage (chips de mangues) ou la fabrication de la confiture pourraient pourtant aider à rationaliser les stocks.

Une exportation sauvage et anarchique :

Depuis qu’ils ont découvert l’intérêt de certains pays frontaliers, comme le Sénégal, pour la mangue guinéenne, les commerçant se sont lancés dans une sorte d’OPA des mangues encore en floraison dans les villages. Ils versent entre 50 et 500 000 francs aux propriétaires, avant de revenir cueillir les fruits pour les envoyer dans les pays de la zone CFA, empêchant quelquefois les propriétaires de goûter à un seul fruit de leurs plantes.
A destination, ces mangues sont vendues à prix d’or ou transformées en jus et manufacturées. Dans ces cas-là, elles peuvent même être ramenées dans notre pays par le biais d’une importation dont les naïfs opérateurs économiques sont les promoteurs.

Des opérateurs économiques en panne d’inspiration :

Les opérateurs économiques guinéens manquent de vision ou du moins d’initiatives, les plus riches d’entre eux se cantonnent à monter une unité de production d’eau minérale alors qu’avec une telle faveur de la nature , ils auraient pu viser plus grand et hisser leur concurrence à un niveau plus honorable.

S’inspirer de modèles à succès expérimentés ailleurs :

A l’occasion de mes études au Bénin, j’ai eu l’opportunité de visiter les propriétés de l’entreprise Songhay, une entreprise Béninoise. Son propriétaire, un pasteur, a totalement misé sur l’agroindustriel, produisant et transformant toute sa production sur place. Sirop de gingembre, sirop d’oseille de Guinée ou encore sirop d’ail pour de multiples traitements, le résultat est probant.

La Guinée est forte de produits agricoles de haute qualité, enviés partout dans le monde et pourrait en tirer profit comme tout pays normal. Je ne jette pas la pierre, ni ne crie haro sur le baudet, je veux juste dire que cet emploi que les jeunes réclament et ne trouvent jamais, cet espoir déçu qui les jette dans les bras de la Méditerranée, le retour organisé et raisonné à la terre peut nous l’offrir.

En conclusion je m’en vais citer un anonyme qui, si j’ai l’honneur d’être lu par lui un jour, saura se reconnaître et faire ma fierté :
« Tout savoir qui n’est pas convertible en potentialités de développement est une culture générale. »

bonheur-patience-vie de couple

Le bonheur se trouve au bout de la patience

Les cauris avaient livré leur verdict et les sages avaient consulté les astres, tout semblait normal et les deux tourtereaux pouvaient convoler.
A la fin de ses études, un piston avait permis à Habib de se mettre au service de Elhadj  »Guelloun », cossu commerçant connu de tout le monde à des milliers de kilomètres à la ronde.
Tafsa, elle était belle comme une de ces orchidées sauvages, elle alimentait déjà les débats chez les hommes dans toute la ville.
Le mariage se fit en alliant tradition et modernité selon la mode du moment. Et pour le début le foyer fut un havre que pas l’ombre d’un malentendu ne vit troubler.
Puis, l’année passa sans que Tafsa n’ait pris de rondeurs, les tracas virent jour et vinrent jeter la discorde sur le couple.
La mère d’Habib se chargea d’ouvrir les hostilité. La vieille connue pour sa hargne, son embêtement et sa volonté de tout contrôler commença par échouer au domicile du couple à intervalle régulier, puis ne se gêna pas de s’enquérir du calendrier menstruel de sa bru. Puis, avec une feinte hypocrisie, elle fit mine de conseiller la jeune dame tout en menaçant d’un séjour infernal, la femme qui refuserait de porter la semence de son mari.
Voyant que toutes ces démarches ne portaient pas fruit, la vieille Ramata engagea la vitesse supérieure, celle où il faut vider la bru et la remplacer par une nouvelle et pour cela i allait jour sur les nerfs de Tafsa.
Tafsa était préoccupée, elle en perdait même l’appétit et le goût de vivre.
Son corps ne cessait de maigrir et les cernes ornaient désormais ses yeux de biche.
Ce qu’elle n’arrivait pas à comprendre, c’est la volte face d’Habib, l’homme à qui elle avait donné sa fleur et son charme. Habib avait succombé à la volonté de sa mère et était partant pour convoler une nouvelle fois.
Le second mariage se préparait en sourdine et Tafsa comprit. On ne peut point cacher ces choses au flair féminin. La nouvelle femme de Habib était de quelques années l’ainée de Tafsa et était à son deuxième mariage, belle, elle avait connu l’enfer des violences conjugales et d divorce avant de se reprendre en main . Le petit bout de chou né de a première union avait juste 4 printemps
La belle mère pour achever Tafsa ne cessait de vanter les qualités de sa conquête, car c’était bien la sienne, elle l’avait choisie, conduit les démarches nuptiales. Donc c’était son choix, sa conquête et pourquoi pas son combat?
Malgré toute cette énergie, c’est aussi Ramata qui avait eu les  »gentils » mots que chez les peuls on tient à une personne dans la difficulté :
<< Ko mougnaal dey>>. Tafsa n’était pas dupe. Elle ne craignait pas de partager son mari, même si c’était loin d’être plaisant.
Pourtant, dans la famille d’ Habib on n’entendait pas lui faire de quartier, il fallait qu’elle s’efface, qu’elle parte. Elle qui avait à leurs yeux ‘’envouté’’ Habib pour qu’il n’ait de regard qu pour elle.
Alors, Habib entouré de sa famille avait signifié la volonté de la voir quitter la maison, elle n’avait ni crié, ni insulté juste demandé à son homme de lui accorder une faveur, celle de la ramener dans les règles de l’art.
Habib fit un paquet de colas et réuni une délégation et fit ramener Tafsa.
Pour tout parent, cet instant est dur, voire même insoutenable mais les propos du griot avaient apaisé le père de Tafsa, désormais convaincu que sa fille n’était en rien fautive.
Alors, il décida de mettre Tafsa en  »Edda », cette retraite purificatrice qui permet à une femme mariée de s’affranchir des liens de son précédent mariage.
7 mois plus tard, un jeune homme à qui l’aventure suisse avait réussi lui mit, la bague au doigt. Il avait de l’argent et cherchait une compagne, c’était chose faite. Il aima la jeune dame à la limite du possible. Au mariage, il lui accorda les faveurs d’une vierge et lui offrit un commerce et une luxueuse voiture neuve en guise de cadeau de noces. Et comme une réparation que Dieu lui accordait, 6 mois après, Tafsa avait pris des rondeurs, un bébé s’était réfugié dans ses entrailles. Elle avait chanceler de joie à l’annonce du gynéco et Ousmane son nouveau mari ne manquait pas de la mettre en confiance à propos de cet enfant qu’elle désirait tant.
<> disait il et cette fois, il était vraiment là car Dieu est du camp des justes, celui des patients.
Pendant ce temps, Habib souffrait le martyr et l’enfer que sa mère promettait alors à la douce Tafsa. Il avait épousé la bouteille et buvait désormais comme un polonais, son travail lui avait échappé et il n’était plus que l’ombre de lui même.
Sa femme, la nouvelle n’ayant pas supporté la déchéance de son homme était partie avec un nigérian, bien entendu après avoir siroté le nectar, elle laissait Habib dans le pire en lutte avec ses démons…
Cet après midi, la rue la plus fréquentée de la ville était noire de monde, la vieille Ramata attendait un taxi, il fallait jouer des coudes pour se frayer une place, son âge ne lui permettait pas de se livrer à ce jeu, alors elle attendait. Une grosse cylindrée s’arrêta à son niveau, elle était belle et la personne qui la conduisait encore plus, elle fit la flexion et salua:
<>, la vieille paniqua, non ça ne pouvait pas être, Tafsa mais la voix, la vieille Ramata se crut la victime d’un djinn, si la voix était familière, la personne en face l’était moins ou pas du tout. Elle sentit ses jambes perdre appui et souriante, la jeune dame lui serra la main et l’entraina vers le bolide, elle l’ouvrit et aida la vieille à monter. Tafsa conduisit son ancienne belle mère qui ne se risqua pas à la conversations contentant par moment de satisfaire son incrédulité en jetant des regards circulaires.
La vieille Ramata, malgré tout les efforts maugréa : « Adouna no hewii bimbidje nani »,oui la vie était plein de surprises, elle se ravisa et sourit machinalement. Le reste du voyage se fit en silence…

Et si c’est mon mari qui n’avait pas la bonne semence ?

Aicha s’était mariée en grandes pompes. Elle était alors, la fleur qui perturbait le sommeil des jeunes célibataires de Labé. Sa couleur café au lait que rendait spéciale une longue chevelure et ses dents nacrées faisaient d’elle une légende.
Son mari Ali revenait de 10 ans d’aventure aux USA et il y avait fait fortune. Il différait d‘ailleurs de tous les ‘’diaspos’’ qui rentraient au pays car nul jamais ne l’avait vu flirter avec la moindre fille.
Ce pseudo modestie donnait une aura de mystère à Ali. En tout cas pour tous, c’était l’homme idéal.
« L’Amérique ne l’a pas changé » disait-on dans les commérages .
Deux ans s’étaient écoulés depuis le mariage de Ali et Aicha. Leur union était enviée et enviable sauf que l’essentiel tardait à venir, un enfant. Sur ce point la mère de Ali commençait à se faire menaçante et ses sœurs lançaient les plus vilaines des insanités sur elles.
« Si tu n’arrives pas à pondre, c’est de ta faute, tes ovaires sont arides à force d’avorter… ». Sans gêne aucune, les sœurs persiflaient. Au mariage de Aicha, elles savent que le couvre lit était taché du sang virginal. Simplement, la plus petite des sœurs n’a jamais pardonné à Aicha de lui avoir fait de l’ombre de longues années durant. Tous les hommes étaient aux pieds de Aicha, alors, condamnant toutes les autres filles au menu fretin.
Aicha souffrait en silence. Elle ne manquait de rien certes, mais les insinuations de la famille de son mari avait la douleur d’une dague dans son cœur.
Aicha, d’habitude si pieuse était si désespérée qu’il lui arrivait parfois de consulter des marabouts et autres diseurs de bonnes aventures. Malgré la prison dorée qu’était sa maison, elle fondait comme beurre au soleil.
La rencontre de l’espoir
C’est dans ce climat délétère que Aicha fit une rencontre, celle de Dialy Dia, jeune dame au physique imposant et au visage rassuré. Elle était avocate et les droits féminins étaient son cheval de bataille. Thierno, l’ami et cousin de Aicha présenta les deux femmes et elles s’isolèrent. C’était dans une soirée de gala. Aicha narra son malheur et Djaly promit de l’aider « mais j’ai besoin de savoir que tu ne vas céder à aucune pression avant de m’engager » , la femme opina et comme une flèche la panthère des prétoires s’en alla.
La bataille judiciaire :
Deux jours après cette rencontre déterminante, Djaly exigea une plainte de sa cliente et la déposa au tribunal. Une première audience fut tenue et la brave femme en profita pour réclamer que le couple se soumette à un examen de fertilité. Ali était abasourdi, sa famille encore plus. Le secret jusque là bien gardé était menacé. Le juge autorisa.
L’heure de la vérité
Depuis cette audience introductive, la pression avait changé de camp. Comme par magie, les sœurs se faisaient plus câlines, la mère de Ali elle même voulait établir une sorte de complicité entre elle et Aicha, mais elle n’était pas dupe.
Comme elle l’avait promis à Djaly, Aicha tint bon.
Quand Dieu veut aider une de ses créatures, il transforme pour elle les obstacles en avantages. C’est ce que s’apprêtait à vivre Aicha. L’expert choisi pour faire le test était le prétendant de Djaly et son cousin, lui savait sur quel dossier sa dulcinée travaillait. A l’implication de la dame ,il savait qu’elle y tenait , voilà pourquoi, il refusa les millions proposés par la famille de Ali qui tenait à noyer le poisson.
La victoire de la justice sur la violence morale
Les résultats une fois prêts, le juge convoqua une autre audience. Les parties vinrent répondre à l’appel . Ali était sur ses nerfs, il savait qu’il était incapable de procréer et cette triste réalité allait sans doute refaire surface dans un instant. Sa famille, sur ce coup était restée au domicile sans doute pour ne pas assister au verdict . Elle en avait fait baver Aicha mais Djaly avait ravivé son espoir.
Le juge tira tout le monde du silence en déclarant :
« nous avons reçu les résultats et les examens révèle que dame Aicha est apte à la procréation, ce qui n’et pas le cas du mari … »
Le reste des mots se perdit dans l’écho et Aicha sanglota puis s’effondra dans les bras de Djaly.
Le regard baissé, Ali était tendu comme un arc et son avocat avait aussi perdu son latin. Le juge continua :
« Madame ! vous pouvez obtenir le divorce si vous le souhaitez ou rester près de Mr Ali ,il n’en tient qu’à vous et votre mari est condamné à vous verser la somme de 100 millions pour préjudice moral. »
Djaly remercia la cour et tira sa cliente par la main, Ali se laissa choir . L’audience était finie et la victoire était totale…